Acte V, se
cidents qui se succèdent, autour et un peu en dehors de lui, loin de le rapprocher de Pauline et du honheur qu'il a rêvé, l'en éloignent sans cesse, et le dénouement le laisse sans espoir. On ne comprend donc point l'ironie des vers de Voltaire :
De Polyeucte la belle âme Aurait faiblement attendri, Et .les vers chrétiens qu'il déclame Seraient tombés dans le décri, \ N'eût été Tamour de sa femme Pour ce païen, son favori, Qui méritait bien mieux sa flamme Que son bon dévot de mari^
C'est précisément le contraire que Corneille a voulu montrer. Mais Sévère est à la fois un amant chevaleresque et un philosophe ; l'amant devait séduire le xvii® siècle, le philosophe ne devait pas déplaire au xviii'^. Ne rétablissait-on pas au théâtre et n'applaudissait-on pas avec transport ces vers hardis, supprimés dès 1664 par Corneille :
Peut-être qu'après tout ces croyances publiques Ne sont qu'inventions de sages politiques Pour contenir un peuple, ou bien pour l'émouvoir, Et dessus sa faiblesse afferniir son pouvoirs?
« Corneille, sans le savoir, sans même s'en douter, a renfermé dans ces quatre vers toute la moelle de la philosophie moderne l ». Geoffroy a raison : Corneille ne se savait pas si subversif. Aussi ne pouvons-nous approuver ceux qui, aujourd'hui encore, transforment l'auteur' ae Polyéucle en apôtre de 1-a tolérance relig-ieuse, et disent, avecM.de Bornier: i^Polyeiicte représente la doctrine de la tolérance, c'est-à-dire de la clémence mutuelle. N'eût-il écrit que Polyeucte, Corneille aurait sa place parmi les hommes qui ont le plus fait pour le calme des cœurs et l'apaisement des esprits* ». C'est vouloir faire de Corneille un grand philosophe, après avoir fait de lui un grand historien; souvenons-nous seulement qu'il est un grand poète dramatique et que l'opposition des caractères est l'essence même du drame. Sévère fait antithèse à Polyeucte, et, par le voisinage d'une vertu plus douce, atténue, amortit, pour