‹ Polyeucte; tragédie, avec une introduction, des éclaircissements et des notesChapitre 29 sur 147 · Discours de la tragédie · texte numérisé non relu

Discours de la tragédie

t. Le mot est de M Legouvè.

ses plus lînes pratiques ! il en a «tant vu de toutesles façons ! n Comme il juge les autres d'après lui-même, il ne comprend rien, ni à la persévérance héroïque de Polyeucte, ni à la générosité désintéressée de Sévère, ni au dévouement conjugal de Pauline. Imperturbable dans sa confiance en lui-même, il imagine mille petits moyens de désarmer ces grandes âmes. A quoi donc aboutissent ces calculs mesquins dont Telfet lui semble d'avance infaillible? Polyeucte meurt, Sévère s'irrite, Pauline reparaît baptisée par le sang de son mari. Tout croule à la fois autour de Félix, et il est heureux pour lui que la grâce lui épargne la gêne d'une situation fausse. Dans cet embarras de Félix, a remarqué Sainte-Beuve *, il y a une teinte de comique qui repose, et l'on serait tenté de lui appliquer le pauvre homme! de Molière, ou cette maxime de La Rochefoucauld, qui est comme la morale de ce caractère : « Le vrai moyen d'être trompé, c'est de se croire plus fin que les autres 2. »

Ge sombre drame avait besoin d'être égayé par ce sourire. « Corneille, plus qu'aucun autre poète, a mis des contrastes dans ses tragédies, non pas seulement le contraste des passions qui fait le fond nécessaire des tragédies, ou celui des bons et des méchants, de la vertu persécutée par le vice, maisle contraste de la grandeur et de la bassesse, qùi, selon une poétique étroite, est moins propre à la tragédie. Étendant le cercle du drame, c'est-à-dire de l'imitation de la vie humàine, Corneille a mis sur son théâtre, comme dans le monde, des personnages petits et bas à côté des personnages grands et gé- . néreux : Félix, dans Polyeucte, à côté de Pauline, de Polveucte et de Sévère; Prusias, Arsinoé et Flaminius, dans Nicomède, à côté de Nicomède et d'Attale ; Ptolomée et Cléopâtre enfia dans la Mort de Pompée, à côté, de Cornélie et de César 2. )> A ces noms il en faudrait ajouter plusieurs autres comme do Femand dans le Gid, Aristie dans Sertorius et surtout Val en dans Théodore, car c'est Corneille lui-même qui nous ea avertit : « Le caractère de Valens ressemble trop à celui de Félix dans Polyeucte et a même quelque chose de plus bas en ce qu'il se ravale à craindre sa femme Marcelle et n'ose s'opposera ses fureurs, bien que, dans l'âme, il tienne le parti de son fils*. » Marcelle et Arsinoé jouent, en effet, près • de Valens et de Prusias, le rôle que Molière fera jouer à se»

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