De constitutione tragica secundum Aristotelcm
2. C'est V Herodes infanticida, qui souleva une querelle si vive entre Heinsius et Balzac. Celui-^ci écrivait pourtant de son adversaire : « Je sais qu'il est le docteur de notre siècle et qu'il le sera de notre postérité; je ne dis pas que j'ai de l'estime, ce ternie est inférieur à mon sentiment, mais j'ai une espèce de dévotion pour tous ses ouvrag-es. '» (Dissertation sur VIIerod.es infanticida.)
3. Hugues de Groot, né à Delft en 1583, mort vers 1645, deux fois exilé de sa ' patrie, résida long-temps on France. 11 n^riit rompo?c trois ti*;i rcdio^ï latines : Adamus exsuU Christus patiens et Sophompaneas (le Sauveur du monde.]
4. Savant écossais, poète .et historien (1506-1582), C'est à Bordeaux, où il pro' feisa, qu'il composa les pièces dont parle Corneille.
EXAMEN DE POLYEUCTE g,
Je reviens à Polyeucte, dont le succès a été très heureux Le .tyle n'en est pas si fort ni si majestueux que celui de Cinna et de Pompée^; mais il a quelque chose de plus touchant et les tendresses de l'amour humain y font un si agréable mélange avec la fermeté du divin, qiie sa représentation a satisfait tout ensemble les dévots et les gens du ihonde A mon gré, je n'ai point fait de pièces où l'ordre du théâtre soit plus iDeau et renchaînement des scènes mieux ménas'é L'unité d'action, et celle de jour et de lieu y ont leur justesse ; et les scrupules qui peuvent naître touchant ces deux dernières se dissiperont aisément, pour peu qu'on me veuille prêter de cette faveur que l'auditeur nous doit toujours quand l'occasion s'en offre, en reconnaissance de la peine que nous avons prise à le divert , .
11 est hors de doute que, si nous appliquons ce poème à nos coutumes, le sacrifice se fait trop tôt après la venue de Sévère; et cette précipitation sortira du vraisemblable parla nécessité d'obéir à la règle. Quand le roi envoie ses ordres dans les villes pour y faire rendre des actions de grâces pour ses victoires, ou pour d'autres bénédictions qu'il reçoit du ciel, on ne les exécute pas dès le jour même, mais aussi il faut du temps pour assembler le clergé, les magistrats et les corps de ville, et c'est ce qui en fait différer l'exécution, f^os acteurs n'avaient ici aucune de ces assemblées à faire.
Il suffisait de la présence de Sévère et de Félix, et du ministère du grand prêtre; ainsi nous n'avons, eu aucun besoin de remettre ce sacrifice à un autre jour. D'ailleurs, comme Félix craighait ce favori, qu'il croyait irrité du mariage de sa fille, il était bien aise de lui donner le moins d'occasion de tarder qu'il lui était possible, et de tâcher durant son peu de séjour, à gagner son esprit par une prompte complaisance, et montrer tout ensemble une impatience d'obéir aux volontés de l'empereur.
L'autre scrupule regarde l'unité de lieu, qui est assez exacte, puisque tout s'y passe dans une salle ou antichambre commune aux appartements de Félix et de sa fille. If semble que la bienséance y soit un peu forcée pour conserver cette unité an second acte, en ce que Pauline vient jusque dans cette antichambre pour trouver Sévère, dont elle devrait attendre la visite dans son cabinet. A quoi je réponds qu'.elle a eu deux raisons de venir au-devant de lui : Tune, pour faire plus d'honneur à un homme dont son père redoutait l'indignation,
1. C'est seulement après la représentation de Pompée que .fut imprimé Polyeucte.
PDLYEUCTE"
ec qu'il lui avait commandé d'adoucir en sa faveur ; Tautre, pour rompre plus aisément la conversation avec lui, en se retirant dans ce cabinet s'il ne voulait pas la quitter à sa prière, et se délivrer, par cette retraite, d'un entretieh dangereux pour elle ; ce qu'elle n'eût pu faire si elle eût reçu sa visite dans son appartement.
Sa confidence avec Stratonice, touchant l'amour qu'elle avait eu pour ce cavalier, me fait faire une réflexion sur le temps qu'elle prend pour cela. Il s'en fait beaucoup sur nos théâtres, d'affections qui ont déjà duré deux ou trois ans, dont on attend à révéler le secret justement au jour de l'action qui se représente, et non seulement sans aucune raison de choisir ce jour-là plutôt qu'un autre pour le déclarer, mais lors même que vraisemblablement on s'en est dû ouvrir beaucoup auparavant avec la personne à qui on en fait confidence. Ce sont choses dont il faut instruire le spectateur, en les faisant apprendre par un des acteurs à l'autre ; mais il faut prendre garde avec soin que celui à qui on les apprend ait eu lieu de les ignorer jusque-là, aussi bien que le spectateur, et que quelque occasion tirée du sujet oblige celui qui les récite à rompre enfin un silence qu'il a gardé si longtemps. L'infante, dans le Cid, avoue à Léonor l'amour secret qu'elle a pour lui, et l'aurait pu faire un an ou six mois plus tôt. Cléopâtre, dans Pompée, ne prend pas des mesures plus justes avec Charmion ; elle lui conte la passion de César pour elle, et comme
Chaque jour ses courriers Lui portent eû tribut ses vœux et ses lauriers.
Cependant, comme il ne paraît personne avec qui elle ait plus d'ouverture de cœur qu'avec cette Charmion, il y a grande apparence que c'était elle-même dont cette reine se servait pour introduire ces courriers, et qu'ainsi elle devait savoir déjà tout ce commerce entre César et sa maîtresse. Du moins il fallait marquer quelque raison qui lui eût laissé ignorer jusque-là tout ce qu'elle lui apprend, et de quel autre ministère cette princesse s'était servie pour recevoir ces courriers. Il n'en va pas de même ici. Pauline ne s'ouvre avec Stratonice qu^ pour lui faire entehdre le songe qui la trouble et les sujets qu'elle a de s'en alarmer; et, comme elle n'a fail ce songe que la nuit d'auparavant, et qu'elle ne lui eût jamais révélé son secret sans cette occasion qui l'y oblige, on peut dire qu'elle n'a point eu lieu de lui faire cette confidence plus tôt qu'elle ne l'a faite.