Ce traité, écrit en latin, fut publié à Venise en
2. Célèbre poète latin et philologue hollandais, né à Gand en 1580, mort h Leyde en 1665. Dans la dédicace de Don Sanche Corneille fera encore appel à l'autorité de celui qui est à ses yeux un « si grand homme ».
Sévère de venir en cette
faire éclater son
POLYEUGTE
Poétique- de notre philosophe, mais a fait un Traité de la constitution de la Tragédie selon sa pensée*, nous en a donné une sur le martyre des Innocents 2. L'illustre Grotius ^ a mis en scène la Passion même de Jésus-Christ et l'iiistoire de Joseph ; et le savant Buchanan * a fait la même chose de celle de Jephte, et de la mort de saint Jean-Baptiste. C'est sur ces exemples que j'ai hasardé ce poème, où je me suis donné des licences qu'ils n'ont pas prises, de changer l'his- Loire en quelque chose, et d'y mêler des épisodes d'invention : aussi m'était-il plus permis sur cette matière qu'à eux sur celle qu'ils ont choisie. Nous ne devons qu'une croyance pieuse à la vie des saints, et nous avons le même droit sur ce que nous en tirons pour le porter sur le théâtre, que sur ce que nous empruntons des autres histoires ; mais nous devons une foi chrétienne et indispensable à tout ce qui est dans la Bible, qui ne nous laisse aucune liberté d'y rien changer. J'estime toutefois qu'il ne nous est pas défendu d'y ajouter quelque chose, pourvu qu'il ne détruise rien de ces vérités dictées par le Saint-Esprit. Buchanan ni Grotius ne l'^ont pas fait dans leurs poèmes ; mais aussi ne les ont-ils pas rendus assez fournis ' pour notre théâtre, et ne s'y sont proposé pour exemple que la constitution la plus simple des anciens. Heinsius a plus osé qu'eux dans celui que j'ai nommé : les an^^es qui bercent l'enfant Jésus, et l'ombre de Mariane avec Jes Furies qui agitént l'esprit d'Hérode^ sont des agréments qu'il n'a pas trouvés dans l'Évangile. Je crois même qu'on en peut supprimer quelque chose, quand il y a apparence qu'il ne plairait pas sur le théâtre, pourvu qu'on ne mette rien en la place; car alors ce serait changer l'histoire, ce que le respect que nous devons à l'Écriture ne permet point. Si j'avais à y exposer celle de David et de Bethsabée, je ne décrirais pas conime il en devint amoureux en la voyant se baigner dans une fontaine; mais je me. contenterais de le peindre avec de l'amour pour elle, sans parler aucunement de quelle manière cet amour se serait emparé de son cœur.