ACTE I, SCÈNE
Et mon cœur, attendri sans être intimidé,
N'ose déplaire aux yeux dont il est possédé. 20
L'occasion, iNéarque, est-elle si pressante
Qu'il faille être insensible aux soupirs d'une amante?
Par un peu de remise épargnons son ennui,
Pour faire en plein repos ce qu'il trouble aujourd'hui.
NÉARQUE
Ayez-vous cependant une pleine assurance 23
D'avpir assez de Vie ou de persévérance ?
Et Dieu, qui tient votre âme et vos Jours dans sa main,
Promet-il à vos vœux de le vouloir demain ?
ILest toujours tout juste et tout bon ; mais sa grâce
Ne descend pas toujours avec même efficace ; 30
Après certains moments que perdent nos longueurs,
Elle quitte ces traits qui pénètrent les cœurs ; .
20. Dont, par lesquelles. A Voltaire, qui critique ce vers, M. Géruzez répond que, si les yeux exercent un empire, on peut en être possédé, et que l'on dit bien : être possédé du démon, genre de possession analogue à celle de l'amour Il faut bien reconnaître pourtant que ce vers porte la trace trop visible du lan gage précieux alors à la mode.
S2. Var. Pour ne rien déférer aux soupirs d'une amante? Remettons ce dessein (jui l'accable d'ennui; Nous le pouirons demam aussi bien (ru'aujourd'hui. — Oui, mais où prenez-vous l'infailliDle assurance (1643-1656.)
13. On sait combien le mot ennui a perdu de sa force primitive ;
Pour conserver ma gloire et finir mon ennuU
Le poursuivre, le perdre, et mourir après lui. {Cid, 847.)
Sa mort avancera la fin de mes ennuis. (Racine, Andromaque, I, 4.)
24. Ce vcDS manque de netteté. Polveucte veut dire : demain nous pourrons en toute sécurité réaliser le projet que les craintes de Pauline nous forcent à diirérer aujourd'hui.