‹ Polyeucte; tragédie, avec une introduction, des éclaircissements et des notesChapitre 53 sur 147 · ACTE 1, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE III

Toujours prête à le prendre; et jamais ma raison 195

N avoua de mes yeux l'aimable trahison.

Il possédait mon cœur, mes désirs, ma pensée;

Je ne lui cachais point combien j'étais blessée.

Nous soupirions ensemble et pleurions nos malheurs ;

Mais, au heu d'espérance, il n'avait que des pleurs; 200

Et, malgré des soupirs si doux, si favorables,

Mon père et mon devoir étaient inexorables.

Enfin je quittai Rome et ce parfait amant,

Pour suivre ici mon père en son gouvernement;

Et lui, désespéré, s'en alla dans l'armée 205

Chercher d'un beau trépas Fillustre renommée.

Le reste, tu le sais. Mon abord en ces lieux

Me fit voir Polyeucte, et je plus à ses yeux;

Et, comme il est ici le chef-de fa noblesse,

Mon père fut ravi qu'il me prît pour maîtresse, 210

Et par son alliance il se crut assuré

D'être plus redoutable et plus considéré :

Il approuva sa flamme, et conclut l'hyménée;

Et moi, comme à son lit je me vis destinée,

Je donnai par devoir à son affection 215

fout ce que l'autre avait par inclination.

Si tu peux en douter, juge-le par la crainte

Dont en ce triste jour tu me vois l'âme atteinte.

Mais parmi ee plaisir miel nhagria me dévore? {Ra.cine. Britannicus, 695.) Force monloas parmi la plaine, (La. Fontaine, Fables, XI, 1.)

« D'où lui venait, parmi une telle agitation, une si grande tranquillité? » ^BossuET, Panégyrique de saint Georges.) 198: Sur blessée, voyez la note du v. 105.

207, Mon abord, mon arrivée, sans aucune idée de voyage par mer :

Votre abord en ces lieux les eftt déshérités. {Rodogunc, 1730.) Déjà de lear abord la noovelle est semée. (Racine, Iphigénie, 1, 4.)

210. Dans le langagedes poètes du xvii« siècle, les mots de maîtresse et d'amants s'appliquent , sans aucune nuance de mésestime, à toutes les personnes qui s'aiment et se recherchent en mariage.

212. Voilà le caractère intéressé de Félix trahi avant même que Félix ait paru, ot trahi par sa fille,

216. « Rien ne paraît plus neuf, plus singulier et d'une nuance plus délicate. Quoi qu'on en dise, ce sentiment peut être très naturel chez une femme sensible et honnête. Ceux qui ont dit qu'ils ne voudraient de Pauline ni po(ir femme, ni pour maîtresse, ont dit un bon mot qui ne dérobe rien à la beauté extraordinaire du caractère de Pauline. Il serait à souhaiter que ces vers fussent aussi délicats par l'expression que par le sentiment. Affection, inclination ne terminent pas un vers heureusement. » (Voltaire.) Rodogune dira de même 2 Laonice :

L'hymen me le rendra précieux à son tour,

Et le devoir fera ce qu'aurait fait l'amour. (I. 3.)

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