‹ Polyeucte; tragédie, avec une introduction, des éclaircissements et des notesChapitre 55 sur 147 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Soudain à son secours j'ai réclamé mon père;

Hélas ! c'est de tout point ce qui me désespère,

J'ai vu mon père mêmej un poignard à la main,

Entrer le bras levé pour lui percer le sein: 240

Là, ma douleur trop forte a brouillé ces images ;

Le sang de Polyeucte a satisfait leurs rages.

Je ne sais ni comment ni quand ils l'ont tué,

Mais je sais qu'à sa mort tous ont contribué :

Voilà quel est mon songe.

STRATONICE

Il est vrai qu'il est triste ; 245 Mais il faut que votre âme à ces frayeurs résiste : LaTision,de soi, peut faire quelque" horreur. Mais non pas vous donner une juste terreur. Pouvez-vous craindre un mort, pouvez-vous craindre un père Qui chérit votre époux, que votre époux révère, 250 Et dont le juste choix vous a donnée à lui Pour s'en faire en ces lieux un ferme et sûr appui ?

PAULINE

Il m'en a dit autant, et rit de mes alarmes ;

Mais je crains des chrétiens les complots et les charmes,

241. A brouille, a confondu. M. Littré cite de nombreux exemples, empruntés à Gorneilh; et à Bossuet même, de brouiller pris dans cette acception que Voltaire juge peu digne de la tragédie.

242. « Rages ne se dit plus au pluriel, je ne sais pourquoi, car il faisait ua très bel effet dans Malherbe et dans Corneille. » (Voltaire.)

Songez donc mieux qu'un père à ces affreux ravages * Que partout de ce monstre épandirent les rages. (Andromède, 719.)

243. « Plusieurs personnes ont entendu dire au marquis de Saint-Aulaire, mort à l'âge de cent ans, que l'hôtel de Rambouillet avait condamné ce songe de Pauline. On disait que, dans une pièce chrétienne, ce songe est envoyé par Dieu môme, et que, dans ce cas , Dieu qui a en vue la conversion de Pauline, doit faire servir ce songe à cette même conversion ; mais qu'au contraire il semble uniquement fait pour inspirer à Pauline de la haine contrôles chrétiens; qu'elle ■voit des chrétiens qui assassinent son mari, et qu'elle devait voir tout le contraire. » (VoLTAiBB.) « L'Hôtel de Rambouillet avait évidemment tort. Ce n'est pas Dieu, c'est au contraire le diable qui, dans l'intention de l'auteur, envoie ce songe à Pauline pour lui faire haïr les chrétiens. C'est ce que Corneille fait dire expressément à Néarque dans la première scène de ce premier acte, où il est question du même songe. » (Palissot.) En se plaçant au point de vue religieux, on peut admettre, en effet, que Dieu laisse agir momentanément le démor., mais pour tourner ensuite ce songe à l'avantage de Pauline, car il la rapproche de son mari, au moment où Sévère va paraître.

245. « Le sonçe de Pauline est à la vérité un peu hors-d'œuvre, la pièce peut s'en passer; mais s'il n'a pas l'extrême rnérite de celui d'Athalie , qui fait le nœud de la pièce, il a celui de Camille : il prépare. » (Voltaire.)

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