‹ Polyeucte; tragédie, avec une introduction, des éclaircissements et des notesChapitre 61 sur 147 · Var. L'Empereur lui témoigne une amour infinie · texte numérisé non relu

Var. L'Empereur lui témoigne une amour infinie

Et, ravi du succès, l'envoie en Arifténie. (1643-1656.)

Amowr est ici féminin, comme aux V. 689, 1163,1243, et en d'mno ml râbles passages de Corneille :

Mais exeusçz l'ardeur d'une amour fraternelle. {Horace, 115.)

guand vous ferez a^ir toute l'autorité e Vamour conjugale et de la maternelle. {Agésilas, 921.)

Les deux passages suivants de Vaugelas, écrits à deux dates différentes, nous montrent que l'emploi du genre masculin, plus rare d'abord, ne tarda pas à prédominer : « Il est indifférent de le faire masculin ou féminin. 11 est vrai pourtant qu'ayant le champ libre, j'userais plutôt du féminin que du masculin, selon l'inclination de notre langue. » {Remarques, 1647.) « Aujourd'hui, dano'la prose, il n'est plus que masculin ; car en poésie il est toujours hermaphrs dite mais néanmoins plutôt mâle que féminin. » {Observations, 1672.)

POLYEUGTE

FÉLIX

0 ciel ! en quel état ma fortune est réduite !

ALBIN

Voilà ce que j'ai su d'un homme de sa suile, Et j'ai couru, Seigneur, pour vous y disposer.

FÉLIX

Ah! sans doute, ma fille, il vient pour l épouser; 320 L'ordre d'un sacrifice .est pour lui peu de chose; C'est un prétexte faux dont l'amour est la cause.

PAULINE

• Cela pourrait bien être : il m'aimait chèrement.

Que ne permettra-t-il à son ressentiment?

Et jusques à quel point ne porte sa vengeance 325

Une juste colère avec tant de puissance ?

Il nous perdra, ma fille.

PAULINE

11 est trop généreux.

FÉLIX

Tu veux flatter en vain un père malheureux ;

Il nous .perdra, ma fille. Ah! regret qui me tue

De n'avoir pas aimé la vertu toute nue! 330

319. « Ce disposer ne se rapporte à rien; il veut dire : pour vous disposer à le recevoir. » (Voltaire.^

320. « Cette idée de Félix, que Sévère vient pour épouser sa fille, condamne son ignorance. Sévère ne devait-il pas lui expédier un exprès de la frontière, lui écrire, l'instruire de tout et lui demander Pauline? » (Voltaire.) — « Non, si Sévère, comme c'est en effet son dessein et comme il le dit au second acte à son confident, veut auparavant voir Pauline et s'assurer s'il est toujours aimé d'elle. » (Palissot.)

323. Chèrement, tendrement, comme au v. 1772 du Cid : « Un époux aimé si chèrement. » Ce vers de Polyeucte est presque identique au vers 159 de Sertorius : , *

Cela peut être encore; ils s'aiment chèrement.

325. Corneille emploie de préférence y wsç'wes à dans les locutions jusques au boutj jusques à quand, jusques à quel point, jusques au fond du cœur :

Un mot ne fait pas yoir jusques au fond d'une âme. {Rodogune, 1148.)

Dans ses Remarques, Vaugelas distingue entre jusques à et jusqu'à, surtout au point de vue de l'ouphonie ; alors même, on n'employait plus guère jusques à qu'en poésie.

328. Flatter, très usité au xvii» siècle pour adoucir, en parlant de la douleur : L'heur de vous obéir flattera sa douleur. {Rodogune, 92&.) ^

Bérénice d'an mot flatterait mes douleurh. (Racine, Bérénice, III, 2.) '

« Me croyez pas que pour consoler^ ou pour flatter votre douleur Je veuillo exagérer la vertu de celle que vous pleurez. » (Fléchier, Oraison funèbre d« M""* de Montausier.)

330. Félix est tout entier dans ce regret naïf. Voyez l'Introduction.

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