‹ Polyeucte; tragédie, avec une introduction, des éclaircissements et des notesChapitre 62 sur 147 · ACTE I, SGÊxNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SGÊxNE IV

Ah î Pauline, en effet, tu m'as trop obéi;

Ton courage était bon, ton devoir l'a trahi.

Que ta rébellion m'eût été favorable!

Qu'elle m'eût garanti d'un état déplorable !

Si quelque espoir me reste, il n'est plus aujourd'hui 335

Qu'en l'absolu pouvoir qu'il te donnait sur lui ;

Ménage en ma faveur l'amour qui le possède,

Et d'où provient mon mal fais sortir le remède.

PAULINE

Moi ! moi ! que je revoie un si puissant vainqueur,

Et '<r^ expose à des yeux qui me percent le cœur ! 340

Mon père, je suis femme, et je sais ma faiblesse ;

Je sens déjà mon cœur qui pour lui s'intéresse,

Et poussera sans doute, en dépit de ma foi.

Quelque soupir indigne et de vous et de moi.

Je ne le verrai oint..

FÉLIX

Rassure un peu ton âme. 345

PAULINE

Il est toujours aimable et je suis toujours femme; Dans le pouvoir sur moi que ses regards ont eu Je n'ose m'assurer de toute ma vertu.

332. Au V. 170 on a déjà vu couraoe pour cœur. On retrouvera c« mot dans des acceptions analogues aux vers 409, 889, 1184, 1568.

C'est trop indignement traiter un bon courage. {Illusion comique, 558.)

Bon courage a ici un sens un peu différent, et le vers de Corneille, peu net dans l'expression, revient à dire : les sentiments de ton cœur ne te trompaient pas, mais ils ont été trahis, c'est-à-dire mal secondés par ton obéissance à la volonté paternelle.

339. Vainqueur est encore un de ces mots qui faisaient partie du langage convenu de la galanterie au xvn« siècle :

• Mets la main sur mon cœur Rt vois comme il se trouble au nom de son vainqueur. {Cid, 84.) Qui peut de son vainqueur mieux parler que l'ingrate? (Racine, Mithndate, 1028.)

341. Racine, se souvenant peut-être de Corneille, fait dire de même à M®nime :

De mes faibles efforts ma vertu se défie,

Je sais qu'en vous voyant un tendre souvenir

Peut m'ariacher du cœur quelque indigne soupir,

Que je verrai mon âme, eu seciet déchirée, ^ , „ - \

Revoler vers le lieu dont elle est séparer ^{Mithndate, II, 6.)

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