‹ Polyglot reader, and guide for translationChapitre 136 sur 164 · SCÈNE Dû MARCHAND DE VENISE · texte numérisé non relu

SCÈNE Dû MARCHAND DE VENISE

et murmurant d'humbles paroles, vous dire : " Beau sire, vous avez craché sur moi mercredi dernier ; vous m'avez repoussé du pied tel jour; une autre fois vous m'avez appelé chien; et pour toutes ces politesses je vous prêterai l'argent que vous désirez."

A ni. Je suis encore disposé à te donner les mêmes noms, à cracher encore sur toi, aussi bien qu'à te chasser du pied. Si tu veux prêter cet argent, prête-le non comme à tes amis (quand l'amitié en effet a-t-elle dû sa naissance au vil métal d'un ami ?) mais prête-le plutôt à ton ennemi ; s'il ne tient pas ses engagements, tu peux de bien meilleure grâce exiger la pénalité qu'il mérite.

Shy. Voyez comme vous vous emportez ! Je voudrais devenir ami avec vous, obtenir votre affection, oublier toutes les avanies dont vous m'avez flétri, subvenir à vos besoins présents, et ne prendre aucun intérêt pour mon argent; et vous ne m'écoutez pas. C'est là une offre obligeante cependant.

Ant. Ce serait de l'obligeance vraiment.

Shy. Cette obligeance je la montrerai. Venez avec moi chez le notaire ; signez^moi là simplement votre billet ; puis, par manière de plaisanterie, si vous ne remboursez pas au jour dit, au lieu indiqué, la somme ou les sommes, stipulées dans le billet, que la forfaiture soit fixée a une livre pesant de votre belle chair, à couper et à enlever dans telle partie de votre corps qui me plaira.

ArU. Cela me va, sur mon âme. Je mettrai mon sceau sur pareil engagement, 3t je dirai : ee juif est un homme des plus obligeants !

Bass. Vous ne signerez pas pour moi un pareil engagement ; j'aime bien mieux rester dans l'embarras.

Ant. Oh ! ne craignez rien, ami ; je n'encourrai point la forfaiture. D'ici à deux mois, c'est-à-dire un mois avant l'échéance du billet, j'attends le retour de dix fois le montant de la somme.

Shy. Oh ! père Abraham, vois ces chrétiens ! Leurs cruelles façons d'agir leur enseignent à soupçonner les pensées des autres I Dites moi cela, je vous le demande ; s'il venait à »'être pas en mesure au jour dit, que gagnerais-je à exiger le prix de la forfaiture ? Une livre de la chair d'un hommet prise sur le corps d'un homme, n'est pas aussi précieuse, ni aussi profitable non plus, que la chair des moutons, des bœufs et des chevreaux. Je le répète, pour me concilier sa faveur, je fais cette offre amicale : s'il l'accepte, c'est bien ; sinon, adieu ; et je vous en prie, ne me faites pas un crime de ma bienve\ltavÄÄ.

284 vi Erri des écritures

Ant. Oui, Shy lock, je mettrai ma signature à cet engago ment

Shy. Eh ! bien, venez sur-le-champ chez le notaire ; donnez lui vos instructions pour ce plaisant billet ; et j'irai sur-lechamp embourser les ducats, voir à ma maison que j'ai laissée sous la garde peu sure d'un drôle fort dépensier ; puis je suis à vous sans délai

Ani. Hâte-toi, aimable Juif.— Cet hébreu deviendra chrétien j il prend de la bonté.

Bass. Je n'aime pas les bonnes conditions avec l'arrière pensée d'un coquin.

Ant. Venez ; il n'y a pas en ceci le moindre danger ; mes navires seront au port un mois ayant l'échéance. [ Ils sortent

Page 1