‹ Polyglot reader, and guide for translationChapitre 135 sur 164 · SCENE DU MARCHAND DE VENISE · texte numérisé non relu

SCENE DU MARCHAND DE VENISE

Shy. Quel air de publicain obséquieux ! Je le bais parce qu'il est chrétien ; mais plus encore parce que, dans sa niaise simplicité, il prête de l'argent gratis et fait ici, à Venise, baisser

Î »our nous le taux de l'intérêt. Si je puis une fois lui mettre a griffe dessusx j'engraisserai bel et bien la vieille haine que je lui porte. Il hait notre sainte nation ; et là même où se réunissent le plus nos marchands, il se raille de moi, de mes marchés, de mes bénéfices si bien gagnés qu'il appelle intérêts ; que ma tribu soit maudite, si je lui pardonne.

Bass. Shylock, entendez-vous.

Shy. Je récapitule mes ressources actuelles ; et autant que je puis les calculer de mémoire, il me serait impossible de réunir Bur-le-champ la somme ronde de trois mille ducats. Qu'importe ! Tubal, riche hébreu de ma tribu, m'aidera. Mais doucement : combien de mois désirez-vous ? [A Antonio.] Salut et bonjour, bon seigneur ; vous êtes l'homme dont nous venons justement de parler.

Ant. Shylock, bien que je ne prête ni n'emprunte, attendu* que je ne prends ni ne donne avec excès, cependant pour faire face aux pressantes nécessités de mon ami, je ferai exception à ma règle. [A Bassanio.] Sait- il déjà la somme qu'il vous faut ?

Shy. Oui 1 oui ! Trois mille ducats.

Ant. Et pour trois mois.

Shy. Trois mille ducats ; c'est une somme bien ronde. Trois mois sur douze ; laissez-moi calculer le taux.

Ant. Eh 1 bien, Shylock, serons-nous vos obligés ?

Shy. Seigneur Antonio, bien souvent, bien des fois sur le Rialto vous m'avez censuré à propos de mon argent et du taux que j'en demande ; cependant je l'ai supporté patiemment en me contentant de hausser les épaules, car la résignation est le caractère de toute notre tribu. Vous m'appelez mécréant, chien de coupe-jarret, et vous crachez sur mon gaban juif, et tout cela parce que je fais valoir ce qui m'appartient. Or voilà o¿ue maintenant, à ce qu'il paraît, vous avez besoin de mon aide : fort bien ! Vous venez à moi, et vous me dites : " Shylock, nous voudrions de l'argent ; " voilà ce que vous dites, vous qui avez craché sur ma barbe et m'avez repoussé brutalement, absolument comme vous chassez à coups de pied loin de votre seuil un chien étranger. Vous cherchez de l'argent. Que vous dirai-je Ì Ne devrais-je pas vous répondre : " Est-ce qu'un chien a de l'argent ? Est-il possible qu'un méchant chien puisse prêter trois mille ducats ? Ou oien dois-je saluer bien bas, et du ton d'un esclave, en retenant mon souffle,

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