XII— UN CORPS DE VÉTÉRANS
Pendant la guerre de l'indépendance, quatre-vingts vieux soldats Allemands, qui, après avoir longtemps servi sous différents monarques d'Europe, s'étaient retirés en Amérique, et avaient converti leurs épées en socs de charrue, se formèrent volontairement en compagnie, et se distinguèrent dans diverses actions, dans la cause de l'indépendance. Lo capitaine était âgé de près de cent ans, avait été quarante ans dans l'armée et assisté à dix-sept batailles. Le tambour avait quatre-vingt quatorze ans et l'homme le plus jeune de la troupe touchait à sa soixante-dixième année. Au lieu de cocarde, chaque homme . portait un morceau de crèpe noir, en signe de leur regret d'être obligés de porter les armes, à une époque si avancée de leur vie. " Mais," disaient les vétérans, " nous manquerions de gratitude, si nous n'agissions pas pour la défense d'un pays qui nous a donné un généreux asile et nous a protégés contre la tyrannie et l'oppression." Pareil corps de soldats n'avait peut-être jamais paru auparavant sur un champ de bataille.
XIIL— ELOQUENCE NAVALE.
A l'époque où il était capitaine, l'amiral Blake fut envoyé aux Antilles avec une petite escadre, pour une expédition secrète contre les établissements espagnols. Dans un engagement, il arriva qu'un navire sauta, ce qui refroidit le courage des équipages ; mais Blake, qui n'était pas homme à plier sous un événement malheureux, dit à ses hommes : " Eh ! bien,m mes garçons, vous avez vu sauter un navire anglais; voyons^ maintenant quelle figure fera un bâtiment espagnol dans la même situation." Cette harangue pleine d'à-propos releva immédiatement les esprits et en moins d'une heure il incendia un de ses adversaires. " Là, mes garçons," dit-il, " je savais que nous aurions bientôt notre revanche."