XXXIX.— L'AVEUGLE CLAIRVOYANT
Un aveugle, ayant économisé une somme considérable d'argent, l'enterra dans un petit jardin derrière sa maison, où il avait l'habitude d'aller visiter son trésor de temps en temps, pour s'assurer qu'il était en sûreté, et y ajouter ses petites épargnes. Un voisin découvrit le dépôt et se l'appropria. L'aveugle s'aperçut qu'on avait volé son trésor, et soupçonnant son voisin d'être le voleur, résolut de s'en assurer, et de le surpasser en finesse s'il était possible. Il alla donc chez lui et lui dit qu'il était venu demander son avis sur un sujet important. " Eh ! bien," dit l'autre, "qu'est ce?" " Eh ! bien," reprit l'aveugle, "j'ai une somme d'argent, que i'ai cachée en lieu sûr ; mais elle ne me rapporte rien : maintenant, ayant reçu dernièrement un legs, je suis dans le doute de savoir s'il vaut mieux l'enterrer avec le reste ou placer le tout dans les fonds publics, où cela me rapportera quelque intérêt." Le voisin lui conseilla de ne point risquer son argent dans les fonds, qui étaient sujets à des fluctuations et incer tains, mais de le déposer en lieu siîr, comme il avait fait pour le reste." Aussitôt que l'aveugle l'eut quitté, le voleur replaça soigneusement l'argent qu'il avait pris, pensant par ce moyen s'assurer les deux sommes. L'autre, qui s'attendait à ce résultat, prit son argent. Peu de temps après, il alla rendre une visite à son voisin, lui dit qu'ayant soudainement changé l'idée, il avait maintenant trouvé pour son argent un endroit