XLÏI.— UN TÉMOIN EN JUSTICE
Il y a un point au-delà duquel ne peut aller la patience humaine et les caractères les plus égaux peuvent parfois sortir des gonds. A une session des assises de Linooln (Angleterre), le juge et l'avocat avaient eu l'un et l'autre la plus grande peine à faire parler les témoins d'une cause assez haut pour ótre entendus du jury ; il est possible que, par suite, le caractère de l'avocat se trouvât jeté hors de son égalité ordinaire. Après qu'il eut passé par les diverses phases de la défense, amadoué, menacé et même malmené les témoins, on appela sur la sellette un garçon d'écurie qui paraissait être la sim plicité personnifiée. " Maintenant, monsieur," dit l'avocat, d'un ton qui, en toute autre circonstance eût été signalé comme vulgairement élevé, "j'espère que nous n'aurons point de difficulté à vous faire parler." " J'espère que non," cria on plutôt beugla le témoin, d'une voix qui ébranla presque le bâtiment. u Comment osez-vous parler de la sorte ? " dit l'avocat. " Vraiment, monsieur, je ne puis parler plus haut," répliqua le témoin surpris, en s'eflforçant de parler plus haut encore que la première fois et croyant évidemment que son défaut était de parler trop doucement. " Avez- vous bu ce matin ? " s'écria l'avocat, qui avait maintenant perdu le peu de patience qui lui restait. " Oui, w'siew," fat la réponse. H Et qu'avez- vous bu ?" " Du café, m'sfew." " Et qu'aviez- /ous dans votre café, monsieur?" cria l'avocat exaspéré. " Une cuiller, ni'sieu ! •" rétorqua innocemment le témoin, de son diapason le plus élevé, au milieu des éclats ¿tí rire de 1« cour tout entière, à l'exception du seul avocat, maintenant tout à fait hors de lui, qui jeta là son dossier et & oiv,Dça hori du tribunal.
34 méprise d'un étranger.