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UTILITÉ D'UNE LANGUE ÉTRANGÈRE

cause de sa prestance remarquablement belle, bien qu'il ne comprît pas un mot d'Allemand. Il se passa une année, pendant laquelle il se montra noble soldat sous tous les rapports ; mais quant à la langue, il ne put jamais l'apprendre. Une revue générale ayant alors été ordonnée, son capitaine, sachant qu'il serait questionné par le roi, lui conseilla d'apprendre au moins par cœur les trois réponses qu'il aurait à faire. Le jour arriva et, comme on s'y attendait, Frédéric s'arrêta devant notre Français et, après l'avoir regardé un moment s'approcha. Mais il lui advint de commencer par la seconde question : — " Depuis combien de temps êtes- vous à mon service?" "Vingt un ans," répondit le soldat. Le roi, ne supposant pas qu'il pût avoir porté le mousquet si long temps, demanda d'un air de surprise: " Quel âge avez vous, donc ?'* " Un an, votre majesté." Frédéric, encore plus étonné, s'écria: " L'un de nous a perdu l'esprit." Le soldat, qui prit cette remarque pour la troisième question, reprit avec la plus grande gravité : " L'un aussi bien que l'autre." " Eh ! bien," dit Frédéric, " voici la première fois que l'on me traite de fou à la tête de mon armée." Le soldat, qui avait épuisé sa pro vision d'Allemand, garda le silence ; quand le roi l'interrogea de nouveau, pour éclaircir le mystère, il lui dit, en Français, qu'il ne comprenait pas l'Allemand. Frédéric se mit à rire, lui conseilla d'apprendre la langue qu'on parlait dans ses domaines, et l'exhorta avec beaucoup de bonté, à se distinguer sous ce rapport, aussi bien que sur le champ de bataille.

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