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LXXI.— SOUVENIRS NATIONAUX

Comment l'esprit d'un peuple libre peut- il se former, s'animer, et s'enthousiasmer, si ce n'est en fouillant dans les richesses de ses souvenirs historiques ? Serons-nous toujours à prodiguer des louanges à Marathon et aux Thermopyles ; et remonterons-nous sans cesse vers le passé pour chercher dans les textes obscurs de la Grèce ou de Kome des exemples de vertus patriotiques ? Je remercie Dieu de ce que nous puissions les trouver plus près, dans notre propre patrie, sur notre propre sol ; je le remercie de ce que les parfums des plus nobles sentiments, qui aient jamais dilaté la poitrine d'un homme, s'échappent vers nous de chaque page de l'histoire de notre pays dans l'éloquence native de notre langue maternelle ; et de ce que les assemblées coloniales ou provinciales d'Amérique nous présentent des modèles de cet esprit et de ce caractère qui ont donné à la Grèce et à Rome leur nom et leur renommée parmi les nations. C'est la que nous devons remonter pour notre instruction ; la leçon est simple ; elle est claire et applicable. Lorsque nous parcourons l'histoire ancienne, nous sommes dépaysés par la différence des mœurs et des institutions. Nous voulons payer notre tribut d'admira* lion à la mémoire de Leónidas qui tomba noblement pour sa patrie à la face de l'ennemi. Mais quand nous le suivons

SOUVENIRS NATIONAUX QÇ

dans ses foyers, nous demeurons confondus à cette réflexion que ce même héroïsme spartiate, qui le faisait se sacrifier aux Therm opyles, l'aurait conduit à arracher son propre enfant du sein de sa mère, si cet enfant eût été par hasard maladif — circonstance qui réveille d'ordinaire dans le cœur de l'homme tout ce qui est tendre et bon — pour l'apporter en pâture aux loups du Taygète. Nous éprouvons une admiration pleine d'enthousiasme à la vue de l'héroïsme déployé à Marathon par dix milles champions de la Grèce envahie ; mais nous ne pouvons oublier que la dixième partie de ces combattants étaient des esclaves, affranchis des ateliers de travail et de la garde des maisons de leurs maîtres, pour aller se battre pour la liberté. Je ne veux pas dire par là que ces exemples puissent en rien détruire l'intérêt avec lequel nous lisons l'histoire des temps passés ; ils accroissent plutôt cet intérêt par les contrastes qui en ressortent. Mais ils nous stimulent, si tant est que nous ayions besoin de stimulant, à rechercher chez-nous nos grands exemples de patriotisme dans les exploits et les sacrifices dont notre pays est le théâtre ; dans les caractères de nos propres ancêtres. Oui, nous les connaissons ces citoyens-héros à Pâme élevée, simple, sans affectation. Nous savons quels heureux foyers ils abandonnaient pour les fatigues des camps. Nous savons avec quels habitudes pacifiques ils affrontaient les périls du champ de bataille. Il n'y a pas de mystère, de fictions, de fureur décorées du nom de chevalerie chez-eux. Tout est en eux fermeté, et résistance virile au nom de la conscience et de la liberté, non seulement à un pouvoir tyrannique, mais aussi à toutes les forces de coutumes enracinées depuis longtemps ; tout enfin est en eux amour inné pour Tordre et pour la paix.

Avant tout, leur sang nous appelle des profondeurs de la terre que nous foulons ; il bat dans nos veines ; il nous crie, non pas seulement par la voix émouvante d'une des premières victimes de cette cause, — u Mes enfants, défiez et méprisez l'esclavage ! " — mais avec une éloquence plus entraînante encore — " Mes enfants, n'oubliez pas vos aïeux ! " Vite, trop vite, hélas ! malgré tous nos efforts pour l'empêcher, leur précieux souvenir s'efface. En dépit de nos nombreuses annales écrites, une grande partie de ce que nous savons de ces temps orageux ne subsiste plus que dans la mémoire de quelques rares survivants qu'on révère, mais qui disparaissent important rapidement avec eux dans la tombe ces fragments

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