HISTORIQUE
En 1890 Quincke de Kiel pratiqua pour la première fois la ponction lombaire ; il montra qu'on pouvait facilement atteindre chez l'homme l'espace sous-arachnoïdien lombaire et retirer à l’aide d'un trocart le liquide céphalo-rachidien. Appliquée d’abord à la thérapeutique « par soustraction du liquide céphalo-rachidien », la ponction lombaire ne répondit pas aux espérances qu'elle avait fait naître ; mais la découverte de Quincke fut le départ d'une série de recherches sur le liquide céphalo-rachidien qui sont venues grandement aider la clinique au lit du malade. Ce sont l'examen bactériologique du liquide céphalo-rachidien, son inocula-
tion aux animaux, si importante surtout pour la méningite tuberculeuse, l'examen cryoscopique. l'examen chimique, l'examen cytologique enfin, dont l'importance est allée, chaque jour, croissant.
L'examen cytologique du liquide céphalo-rachidien a mené au cyto-diagnostic cellulaire qui, comme l’a dit M. Widal,est le diagnostic basé sur l'étude histologique des éléments cellulaires contenus dans les humeurs. Ces éléments cellulaires varient de nature dans les diverses maladies; aussi MM. Widal et Ravaut ont été amenés à se demander s'il n'existait pas une formule cytologique se rapportant à tel ou tel processus morbide.
Avant d'indiquer les résultats obtenus dans leurs recherches, il nous parait nécessaire de rappeler brièvement la technique de la ponction lombaire qui doit aujourd’hui pouvoir être couramment pratiquée et la technique de l'examen cytologique du liquide retiré par la ponction.
La technique opératoire de la ponction lombaire est très simple.En général on ponctionne le malade dans le décubitus latéral, le sujet rapproché autant que possible du bord du lit, estcouché indifféremment sur le côté droit ou gauche, la tête légèrement soulevée, les cuisses fléchies sur le bassin dans la position en « chien de fusil ». On lui fait faire le «gros dos» de façon à obtenir le maximum d'écart entre les lames vertébrales.
Le lieu d'élection de la ponction lombaire est situé entre la quatrième etla cinquième vertèbres lombaires : on prend comme point de repère l’apophyse épineuse de la quatrième
vertèbre lombaire et on ponctionne au dessous. On peut
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aussi rechercher ce quatrième espace sur une ligne transversale qui réunit entre elles deux crêtes iliaques.
La ponction se fait au moyen d’une aiguille en platine de 9 à 10 centimètres de long et de 8 dixièmes de millimètre à 1 millimètre de diamètre. On prend soin de garnir le pavillon de l'aiguille d'un tube en caoutchouc de quelques centimètres, destiné, grâce à une compression facile, à modérer et régler l'écoulement du liquide à son échappée.
L’aiguille étant stérilisée, la région lombaire désinfectée, quand toutes les précautions aseptiques ont été prises enfin, l’opérateur reconnait l’espace à ponctionner, puis après une anesthésie locale au chlorure d’éthyle,ponctionne rapidement en enfonçant l'aiguille d’une façon progressive et continue ; son index limite le jeu de la course. Suivant l'épaisseur musculo-cutanée de la région lombaire, on enfonce l'aiguille de 4 à 6 centimètres chez l’homme, de 1 à 3 centimètres chez l’enfant. L'aiguille doit être dirigée à un demi centimètre environ de la ligne médiane épineuse, presque perpendiculairement à la colonne vertébrale, et très légèrement en haut et en dedans vers la crête apophysaire. Le liquide s'écoule.
La prise de liquide faite on retire d’un mouvement brusque l'aiguille et on obture l'orifice de sortie au collodion.
Pour pratiquer l'examen cytologique du liquide céphalorachidien, 3 à 4 centimètres cubes de liquide sont au moins nécessaires. Le tube dans lequel on le recueille se terminera par une extrémité effilée. Le liquide recueilli est centrifugé à l’aide de l'appareil de Krause ou de tout autre
appareil analogue, pendant dix minutes. La centrifugation
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terminée on vide le tube en le retournant brusquement ; le culot reste dans la partie effilée du tube centrifugeur, avec une ou deux gouttes de liquide. Ce culot estsoigneusement dilué dans le liquide restant à l’aide d'une pipette très effilée; on aspire et on dépose le mélange sur trois ou quatre lames, par petites gouttelettes que l'on étale à peine. On laisse sécher, puis on fixe à l’alcool-éther et on colore en se servant des colorants cellulaires habituels : hématéine-éosine, bleu de Unna, triacide d'Erlich, bleu de méthylène.
Le liquide céphalo-rachidien normal contient peu d’éléments cellulaires : pas de leucocytes polynucléaires, quelques rares lymphocytes. Mais dès que la méninge s’'enflamme, il y a exode d'éléments figurés dans le liquide céphalo-rachidien ; ceux qu’on y rencontre sont de trois ordres : leucocytes polynucléaires, lymphocytes ou petits mononucléaires et grands leucocytes mononucléaires.
Laignel-Lavastine a tenté une numération de ces éléments par rapport au volume du liquide céphalo rachidien :-c'est là tâche fort délicate et peu précise. Mais il est très intéressant de noter la proportion relative des divers éléments figurés : on y procède de la même façon que pour les leucocytes du sang, en employant un microscope à platine spéciale, permettant de ne pas compter deux fois les mêmes éléments.
Dans une communication faite à la Société de biologie en octobre 1900, MM. Widal, Sicard et Ravaut, ont montré par l'étude de douze cas de méningite tuberculeuse qu'il y avait toujours dans le liquide céphalo rachidien, retiré par
ponction lombaire, prédominance de lymphocytes et le