‹ Pomologie française (volume 2)Chapitre 15 sur 106 · DE LA MADELEINE · texte numérisé non relu

DE LA MADELEINE

\ Cerasus communs. Poit. et Turp.

UE Lucullus, général romain , ait apporté de Cérasunte un Cerisier

à Rome, l’an 680 de la fondation de cette ville, c'est un fait avéré

£ dans l’histoire qu'il n’est pas permis de révoquer en doute; mais savoir aujourd’hui de quelle espèce ou variété de Cerise il a enrichi l'Italie, est une question qui est loin d’être résolue, quoiqu'elle ait été tranchée bien des fois par des auteurs plus spirituels qu’éclairés, qui n’ont pas balancé à dire que c'est ( aussi à Lucullus que de proche en proche la France doit la Cerise. Mais de quelle

Cerise entendent-ils parler ? Bosc dit positivement que c’est de la Cerise com-

FO mune, appelée Griotte dans les départemens. Permis à cet auteur d'avoir cru ainsi ; quant à moi, je ne puis croire que nous devions à ce général, ni la Cerise commune, ni la Griotte, puisqu'on les trouve l’une et l’autre croissant spontanément dans les bois et les lieux incultes de la Bourgogne, comme on trouve le Merisier dans les forêts aux environs de Paris. Si on me démontre que les Cerises de la Bourgogne sont le reste d’une colonie romaine dans ce pays, alors je n'aurai plus rien à dire.

Quoi qu’il en soit la Cerise commune offre beaucoup de variétés; il y ena de différentes grosseurs, des hâtives, des tardives; les unes sont très acides, d’autres n’ont d’acidité que ce qu'ilen faut pour les rendre très agréables au goût. Toutes ont la même couleur au même état de maturité; c’est un beau rouge quand elles commencent à mürir, et un rouge rembruni quand la maturité est très avancée.

Que la culture ait produit les meilleures variétés ou qu'elle n'ait fait que s'en emparer pour les multiplier, est une autre question qui pourrait trouver des champions dans l’état actuel de nos connaissances, mais que je me garderai bien de soulever ici quoiqu'elle me sourie assez.

Les Cerisiers communs sont de petits et de moyens arbres à tête hémisphérique qui se

cultivent en plein vent, et dont les extrémités des rameaux sont très menues et s'inclinent la plupart vers la-terre.

Is ont les feuilles petites (comparativement à celles des Cerisiers à fruit doux), ovales et obovales, inégales, d'un vert assez foncé en dessus, pâles et munies de quelques poils en dessous, bordées de dents nombreuses surdentées.

Les boutons à fleurs sont toujours très nombreux, mais chacun d’eux ne contient guère que deux, trois, rarement quatre fleurs dont les pédoncules s'allongent de 12 à 15 lignes, et dont les fleurs, toujours d’un beau blanc, deviennent larges d’un pouce. Après la défloraison, ces pédoncules ou queues des fruits s’allongent encore un peu.

Décrire la couleur, la grosseur et les qualités d'une Cerise commune serait une chose oiseuse; j'aime mieux dire que la variété représentée par la figure ci-jointe, serait d’un rouge plus rembruni si elle eût été plus müre, et qu'elle est cultivée aux environs de Paris, sous le nom de {4 Madeleine, nom qui désigne à-peu-près l’époque de la maturité, c’est-à-dire vers le 22 juillet. Elle est, comme l’on voit, fort belle, et lorsqu'elle est bien mûre, les cultivateurs en tirent un bon parti dans cette saison où presque toutes les bonnes Cerises sont passées. | |

Dans certaines années, à exposition du nord ou dans un lieu ombragé, on voit encore de cette Cerise en septembre, et même en octobre, à ce que n'ont assuré quelques cultivateurs de Chatenay, pays où on la cultive beaucoup, tant sous le nom de 4 Madeleine que

sous celui de Zardive.

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