‹ Pomologie française (volume 2)Chapitre 17 sur 106 · LES · texte numérisé non relu

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les fruitières au petit pied de Paris, qui, dans la saison, crient à

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S tue-tête dans les rues et sur les ponts: Montmorency! Montmorency ! tandis qu’elles n’ont sur leur éventaire que des cerises communes, souvent si aigres quil est impossible de les manger.

La vraie cerise de Montmorency est très rare à Paris, comparativement à plusieurs autres; elle est même encore plus rare aujourd’hui dans la commune dont elle porte le nom, parce que l'arbre qui la produit est très peu fertile, qu'il devient fort grand, couvre beaucoup de terrain, et que le cultivateur trouve qu'il y a de la perte à le cultiver. Quand, il y a plus de vingt ans, je suis allé à Montmorency pour étudier et décrire cette espèce et la faire entrer dans le TRAITÉ DES ARBRES FRUITIERS, par MM. Poiteau et Turpin (1), à peine pus-je en trouven trois individus dans toute la commune ; ils étaient fort anciens, et personne ne s'occupait de leur préparer des successeurs, par la raison que l'espèce donne très peu de fruits, et qu'en conséquence, on ne tenait nullement à la conserver. Dans ce pays, on trouve mieux son compte avec la quantité qu'avec la qualité.

Cependant, il faut bien qu'on cultive cette belle espèce quelque part plus qu'à Montmorency, car ceux qui la connaissent la remarquent, dans la saison, chez les principales fruitières, à la Halle, chez les principaux restaurateurs et confiseurs. Elle est destinée pour les hautes classes de la société, qui la paient trois ou quatre fois plus cher que les autres.

Si le Cerisier de Montmorency est une variété du Cerisier commun, comme on a

des raisons pour le croire, c'est du moins une variété très distincte par ses plus

(1) Traité des Arbres fruitiers, par À. Poïteau et P.-J.-F. Turpin , commencé en 1807 et terminé en 1835. Cet ouvrage en 6 volumes grand in-folio, contient la description de plus de 400 sortes de fruits et leurs figures peintes sur peau de vélin par les auteurs mêmes, Sravées au burin, imprimées en couleur et retouchées au pinceau. Des rapports de Académie des Sciences et de, la Société d’Horticulture de Paris attestent que ce Traité est ce qui a jamais été fait de mieux sur les fruits. On le trouve à Paris, chez F.-G. Levrault.

grandes dimensions, par la plus grande largeur de ses feuilles et de ses fleurs, et surtout par la plus grande grosseur de ses fruits, qui cependant diminuent de volume quand l'arbre est fort vieux, mais on leur rend leur première grosseur en greffant un rameau de vieil arbre sur un jeune sujet de merisier.

Cette belle et très bonne cerise est ordinairement déprimée d’un côté, quelquefois de deux côtés opposés, et ayant toujours un grand enfoncement dans lequel s’insère la queue qui est longue et grosse. Dans le commencement de juillet, elle prend un beau rouge-clair, et c’est alors qu'il faut la cueillir pour les divers procédés de conservation en usage dans les offices; mais pour la manger crue, on doit attendre encore huit ou quinze jours, ou jusqu'à ce que son rouge-clair soit passé au foncé rembruni; alors elle n’a plus que l'acide nécessaire pour la rendre très agréable et la distinguer des cerises douces proprement dites.

Cette cerise ayant encore le mérite de ne mürir que quand beaucoup d’autres sont déjà passées, le propriétaire aisé ne doit pas négliger d'en avoir un ou deux pieds dans son verger, à haute ou à basse tige. C’est même la seule qui, avec quelques cerises douces que je décrirai plus tard, soit digne de paraître sur les tables somptueuses.

En finissant cet article, je dois faire remarquer que le cerisier de Montmorency ne vient pas partout aussi grand qu'à Montmorency même; sans doute que la terre, et

peut-être l'exposition de cette commune, lui sont plus favorables que d’autres.

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