‹ Pomologie française (volume 2)Chapitre 47 sur 106 · ÉPINE-VINETTE A LARGES FEUILLES · texte numérisé non relu

ÉPINE-VINETTE A LARGES FEUILLES

Berberis latifolia. Poit. et Turp.

| ARMI les Epines -Vinettes, voici la variété la plus intéressante, la plus productive, et je ne puis assez m'étonner qu’elle ne soit pas plus cultivée,

| qu'on ne la voie pas embellir les jardins paysagers, ét fournir ses fruits

EU 9] avec profusion à tous les confiseurs, à toutes les officines du royaume. Be all S il ) Îæ/(]

Je ne la connais qu'au Jardin royal des Plantes de Paris, et encore n’y figure-t-elle que dans l’école-des arbres fruitiers, où un accident peut la faire périr d’un jour à l’autre, et qu'il soit très difficile peut-être de la retrouver ailleurs.

L’arbrisseau est plus vigoureux et plus grand que ses congénères ; sa touffe devient fort large et s'élève à la hauteur de sept à huitpieds; ses rameaux sont fermes, gros et longs, garnis de feuilles en rosette, ovales-spatulées, rétrécies en pétiole à la base, longues de dixhuit à vingt-six lignes et bordées de dents qui imitent de petites épines dirigées vers le sommet de la feuille.

Au printemps, cette variété éclipse ses congénères par la grandeur et la multitude de ses fleurs jaunes; à l'automne, elle les écrase par l'abondance et la grosseur de ses fruits.

Sa fécondité est étonnante ; chaque rameau se termine par une guirlande inclinée, longue le plus souvent de deux pieds, composée de vingt à trente grappes pendantes, dont les fruits, beaucoup plus gros que dans les autres variétés, sont oblongs, un peu comprimés. du rouge le plus vif et le plus éclatant. L’arbrisseau forme alors un buisson de feu, et si les architectes de jardins pittoresques le voyaient dans cet état, ils lui donneraient certainement une belle place dans leurs compositions, Mais, hélas! trop peu d'architectes et de planteurs de jardins connaissent suffisamment les plantes pour distinguer cette variété de ses congénères et apprécier son mérite. Pour eux, une Épine -Vinette est une Épine-Vinette.

Cependant, si quelqu'un doit faire une étude sérieuse des grandeurs, des formes, des

aspects, des couleurs et des tons que la nature a placés dans les végétaux, c'est bien celui

que lon paie pour embellir et reproduire en miniature, dans un jardin, les sites et les scènes agréables ou instructifs, épars dans les campagnes, les vallées et les montagnes; c’est bien celui-là qui devrait savoir la botanique et voyager. Mais non, quelques idées, de l'argent à gagner, voilà tout. Le fameux jardin de Trianon, le jardin de la reine Marie- Antoinette a été bien dessiné sans doute, maisil a été planté en dépit du bon sens; le planteur n'avait aucune idée de ce que deviendraient les arbres qu'il plantait dans dix ans,

vingt ans, cinquante ans. Les grands arbres étaient devant les petits, les petits derrière les grands ; les grands rapprochés, les petits éloignés. Aussi, ne reste-t-il de cette immense plantation que les arbres les plus robustes, qui ont étouffé et fait mourir les autres.

Tant que les planteurs de jardins paysagistes ou pittoresques ne sauront pas la botanique et n'auront pas voyagé, ils ne sauront pas planter un jardin.

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