‹ Pomologie française (volume 2)Chapitre 48 sur 106 · GENRE VIGNE · texte numérisé non relu

GENRE VIGNE

V'itis Lin.

‘HISTOIRE de la Vigne est certes la plus étendue et la plus curieuse de

toutes les histoires dendrologiques. Les poètes, les législateurs, les écono-

CR

$7 mistes, les cultivateurs, les bons vivans, voire même les botanistes s’en sont

occupés, et si on rassemblait tous les livres qui ont été écrits sur la Vigne et son produit, il en résulterait une bibliothèque non moins considérable que celle des lois qui nous régissent.

Ne devant parler ici que de la Vigne de nos jardins, que de celle qui fournit le raisin de nos desserts, je serai très sobre et ne fouillerai pas bien avant pour remplir la tâche qui m'est imposée.

Je sais bien que je n’apprendrai rien au lecteur en disant qu'il y a long-temps que le mérite de la Vigne est connu, mais mon plan m'oblige à rappeler que les Geltes, ancien peu ple de la Gaule, appelaient la Vigne gwid, mot quel'on traduit par le merlleur des arbres, mot dont nous avons fait vigne, les Latins w#is, les Grecs oënos, les Espagnols vd, et les Anglais wine ; or, il résulte de cette étymologie que la Vigne a été trouvée croissant naturellement dans la Gaule, que les Celtes la connaissaient avant qu'ils sussent qu'il existait des Grecs et des Romains, et que si la nature a placé aussi de la Vigne dans le Levant, en Asie, en Afrique et en Amérique, du moins ce n’est pas à ces pays que nous devons l'avantage de la connaître. Que depuis ces temps reculés, la Gaule ait recu des espèces ou variétés de Vigne de la Grèce, de l'Asie, ou d’ailleurs, cela est probable; mais je tenais beaucoup à prouver que la nature n’avait pas oublié la Gaule lorsqu'elle a semé la Vigne sur la terre.

Aujourd'hui les botanistes comprennent la Vigne dans une famille qu'ils ont formée sous le nom d’amPeriées. Cette famille ne contient encore que quatre genres; celui qui renferme les Vignes proprement dites a pour caractères: 1° un calice petit, monophylle, à 5 dents; 2° une corolle à 5 pétales lancéolés, libres à la base, adhérens souvent entre eux par le sommet, et tombant ordinairement sans se désunir; 3° 5 étamines hypogynes, opposées aux pétales, attachées à un disque glanduleux ; 4° un ovaire libre arrondi, quinqueloculaire, à loges monospermes , surmonté d’un style simple qui se termine par un stigmate en tête aplatie; 5° un fruit en baie charnue, succulent, rond ou ovale, dans lequel les cloisons de l'ovaire sont en partie ou tout-à-fait détruites; 6° 5 graines (souvent moins

par avortement) dures, allongées, atténuées par en bas, échancrées en cœur au sommet,

ayant au centre deux petits vides, et contenant dans sa base un embryon entouré d'un périsperme blanc, dur et charnu.

Tels sont les caractères par lesquels les botanistes reconnaissent la Vigne; mais il en est d’autres non moins généraux plus faciles à saisir et à la portée de tout le monde: c’est que toutes les vignes ont la tige ligneuse, sarmenteuse, les feuilles alternes , pétiolées, stipulées, lobées; que les fruits sont toujours disposés en grappes opposées aux feuilles, et que quand le fruit manque, la grappe qui devait le porter est représentée par une vrille plus ou moins rameuse.

Il y a des Vignes étrangères qui ne s'élèvent qu’à quelques pieds, d’autres qui s’élancent jusqu'au sommet des plus hauts arbres; la tige des unes ne devient pas plus grosse que le pouce, celle des autres atteint la grosseur du corps humain et vit des siècles ; toutes contiennent une sèveabondante qui dans certaine saison s'échappe.en ruisseau par la moindre plaie, et à laquelle on donne en France le. nom de pleurs. Je ne m'arrêterai pas à la propriété médicinale attribuée à ces pleurs de la Vigne, ni à celle de ses feuilles vertes ou séchées, ni à celle des raisins secs , puisque les médecins les reconnaissent comme très faibles et que d’autres plantes les possèdent également. Je ne dirai même qu’un mot des nombreuses variétés de Vignes dont on tire les différens vins, mon plan n’étant de parler que de la meilleure culture des meilleurs raisins de nos jardins.

Selon les botanistes , les 2 ou 300 sortes de Vignes cultivées, soit pour en tirer du vin, soit pour en manger le raisin, seraient toutes sorties de la Vigne qu'ils appellent Zzrs vinifera, Où ne seraient que des variétés de cette Vigne. Je n'ai pas d’objection sérieuse à faire aux botanistes, mais, comme je connais leur science, je leur dirai qu’ils ne connaissent pas plus la Vis vinifera originelle que le froment originel; que leur supposition est un article de foi comme celui qui nous fait descendre tous du père Adam, et que cela n’est nullement de la science. Que Michaux père ait eru avoir trouvé la Vigne primitive, la mère de toutes nos Vignes, il y a 5o ans au bord de la mer Caspienne, permis à lui de l'avoir cru; moi je crois qu'il à trouvé une Vigne abandonnée , une Vigne non cultivée, et rien autre chose. |

Quoiqu'il n’y ait aucun raisin décidément mauvais; quoique les catalogues des pépiniéristes relatent 30 et 4o raisins comme dignes de figurer sur les tables, je soutiens cependant qu'il n’y a tout au plus que 12 sortes de raisins qui méritent d'obtenir cet honneur sous le climat de Paris, et que parmi ces 19, il s’en trouve qui n’y figurent que comme cu-

riosités.

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