‹ Pomologie française (volume 2)Chapitre 63 sur 106 · GENRE CORNOUILLER · texte numérisé non relu

GENRE CORNOUILLER

E genre appartient à la famille des Æédéracees, et se compose d’un certain nombre d'arbres et arbrisseaux, indigènes et exotiques, à feuilles simples,

opposées, rarement alternes et dont le caractère commun est d’avoir : 1° un

calice supère campaniforme, à quatre dents; 2° quatre pétales oblongs insérés à l'orifice du calice; 3° quatre étamines alternes avec les pétales, 4° un ovaire adhérent surmonté d’un style court, 5° un drupe ovale, charnu, conte-+

nant un noyau osseux à deux loges monospermes.

HISTOIRE, USAGE ET CULTURE

De tous les Cornouillers connus, un’ seul a les fruits comestibles : c’est celui que les botanistes appellent Cornus mas, Cornouiller mâle; dénomination fort mauvaise sans doute, puisque ses fleurs sont hermaphrodites comme celles de tous ses congénères. Cette dénomination est un reste du temps où l’on désignait par r24lel'individu plus fort, plus gros ou plus vigoureux que les autres espèces de son genre. C'est ainsi que le vulgaire, toujours imbu de cette idée, appelle chanvre mâle, le chanvre femelle, parce que les pieds femelles ou qui portent les graines sont, dans cette espèce, plus gros que ceux qui portent les fleurs mâles.

Le cornouiller mâle croît naturellement dans les différentes parties de l’Europe. C'est un arbre que l’on trouve plutôt isolé qu'en famille, quoiqu'il pullule considérablement du pied et que les oiseaux en dispersent les graines. Sa croissance est très lente ; sa hauteur dépasse rarement trente pieds , et quand son diamètre a atteint deux pieds près du sol, il est très gros. [l vit plus long-temps qu'aucun arbre européen , et la dureté de son bois ne le cède en rien à celle du Buis, du Cormier et de lIf. C'est à sa dureté, que l’on a comparée à celle de la corne, qu'il doit son nom de Cornus. D'après Virgile, les anciens en faisaient des dards, et c’est.à-peu-près tout ce que l'antiquité nous a transmis de son histoire. Bosc dit que les Cornouillers qu'il a observés dans la forêt de Montmorency vers 1793, avaient plus de mille ans; la lecture de quelques titres lui a appris qu'ils avaient été plantés là, à cette époque reculée pour servir de bornes ou de ligne de démarcation entre les bois du duché de Montmorency et ceux du prieuré de Sainte-Radegonde.

Le bois du Cornouiller, étant bien sec, pèse 69 livres, 9 onces, 5 gros par pied cube ; il prend un très beau poli et casse difficilement; son aubier est rougeâtre et son cœur brun; on en fait de jolis ouvrages au tour; mais il faut ne l’employer que fort sec, autrement il se tourmente et se fend. Ses jeunes pousses étant fortes et en même temps élastiques, font d’ex-

cellens manches de fouet, et ses brindilles servent à faire des balais dans les endroits où il

n'y a pas de bouleaux.

Ses fleurs, petites, jaunes, disposées en ombelles, se développent avant les feuilles dès la fin de l'hiver, saison où il n’y a guère d’autres fleurs, et sont avidement recherchées par les abeilles qui y trouvent un riche butin. Comme cet arbre fleurit abondamment chaque année, il n’est pas sans agrément à l’époque où l’on attend le retour du printemps, et vers la fin d'août, les fruits nombreux dont il se couvre, semblables à de petites olives du plus beau rouge, mêlés à la verdure de son feuillage, lui donnent encore d'autant plus d’intérèt que, lorsqu'ils sont bien mürs, on les mange avec plaisir. Dans cet état ils se détachent aisé ment d'eux-mêmes et tombent. On en fait des confitures, des marmelades, des liqueurs vineuses, diverses préparations médicinales rafraîchissantes , ou astringentes si on les emploie avant leur parfaite maturité. Leur amande donne de l'huile.

Le Cornouiller mâle a quelques variétés à fruit plus gros, rouge ou jaune, et ce sont ces variétés que l’on cultive, soit en semant les noyaux, soit en prenant des drageons à leur pied, soit en greffant de leurs rameaux sur un Cornouiller sauvage. Son éducation est fort simple ; une fois planté, il n’exige plus aucun soin, et il vit des siècles avec une santé tou-

jours robuste.

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