‹ Pomologie française (volume 2)Chapitre 78 sur 106 · FRAISIER DE PLYMOUTH · texte numérisé non relu

FRAISIER DE PLYMOUTH

FN Fragaria murieata. Poit, et Turp,

Se 9 GS 2 rer. 4 rs L ya plus de deux cents ans que cette singulière anomalie a été observée

pour la première fois. Duchesne, dans son Histoire naturelle des Fraisiers, cite À tous les auteurs qui en ont parlé avant lui; et c’est une chose assez remarquable que Duchesne lui-même, qui a semé des Fraisiers pendant plus f de 60 ans, ne l'ait jamais obtenue, et ne l'ait jamais vue vivante. Voici, par ordre de date, les auteurs qui en ont parlé.

Simon Pauli dit avoir vu, en 1623, dans le jardin botanique de Leyde, uu \, Fraisier, à fruit rouge hérissé. Parkinson, en 1629, en a donné une descrip- | tion et une figure très reconnaissables; Jean Gérard le décrit très bien dans son Histoire générale des Plantes, publiée en 1633 : il rapporte que Jean Tra- | descant lui avait dit que ce Fraisier était cultivé comme curiosité par une dame à Plymouth; Hudson l’a décrit en 1662, et Merret en 1667; Zanoni l'a figuré en 1675; et enfin Linné, en 1764, l’a fait entrer dans son species plantarum,

sous le nom de Fragaria muricata.

Aucun de ces auteurs ne paraît avoir connu l’origine de ce Fraisier : si Linné l’eût connu, il se serait bien gardé, d’après ses principes, d'en faire une espèce. Voici maintenant du plus positif : le 19 mai 1830, M. Jacquin a présenté à la Société royale d'Horticulture de Paris un Fraisier extraordinaire, qu'un de ses correspondans avait obtenu dans un semis de Fraisiers des Alpes, deux ans auparavant, et qui a été reconnu sur-le-champ pour être le Fragaria muricata de Linné. Ainsi, ilest prouvé que ce Fraisier, conservé jusqu'aujourd'hui, 1843, au Jardin du Roi, par les soins de M. Pepin, est une variété monstrueuse du Fraisier des Alpes. Elle se sera, sans doute, montrée, de temps en temps, dans les semis de Fraisiers des Alpes; mais les jardiniers, peu curieux, l'auront détruite de suite, parce que son fruit n’est pas propre à la vente; mais, on a cru devoir la figurer ici avec détail pour montrer que sa monstruosité n'est pas unique, et qu'elle est dans la série des plantes, dont les fleurs sont vivipares, tels que le Polygonum viviparum, le Poa bulbosa vivipara, le Furcroya gigantea, la Feronica vivipara, etc., et pour donner aux physiologistes un exemple de plus de la manière dont les organes appendiculaires des végétaux changent de forme, d'aspect, de nature et de fonction, et comment, étant tous originairement identiques, ils rentrent facilement les uns dans les autres.

Depuis une trentaine d'années, les botanistes physiologistes s'occupent avec intérêt de ses sortes de monstruosités, parce qu'elles jettent un grand jour sur l’analogie des organes appendiculaires et sur leur transformation, ce qui simplifie et rectifie les

idées que l’on s'était faites de leur origine. Dupetit-Thouars désigne, sous le nom de 162?

Chloranthie, c'est-à-dire fleur verte, toutes les fleurs qui développent des feuilles, au lieu de pétales, d'étamines et de pistils : ainsi, la fleur du Fraisier qui m'occupe est une Chloranthie. La Fraise, proprement dite, ou Polyphore des princes de la botanique, représente parfaitement la Fraise des Alpes; mais les graines ou petits péricarpes qui la couvrent sont changés ici en petits bourgeons verts, désagréables sous la dent, et empêchent de manger la Fraise avec plaisir. Le calice, les pétales et les étamines ont aussi subi des changemens notables. Quant au port de la plante, à ses feuilles, à ses tiges, à sa floraison perpétuelle, c'est absolument le Fraisier des Alpes.

Explication des figures.

+. Fleur entière, à l'état normal, du Fraisier des bois, pour servir de point de comparaison. |

2. Fleur du Fraisier de Plymouth, passée à l’état de chloranthie, plus grande que nature.

CO

. Folioles du calice: a, simple; b, bifide; c, une autre simplement élargie.

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