À FRUIT ROND
Fragaria Curoliniana. Poit. et Turp.
HN 1766, lorsque Duchesne publiait son histoire naturelle des fraisiers, il
:] ne connaissait pas cette fraise, et ce qu'il disait de la fraise Ananas de Miller | et des Hollandais peut s'appliquer aussi bien à celle-ci qu’à celle-là, mais comme dès 1771 l'usage était déjà établi à Brest de planter des fraisiers de Caroline parmi ceux du Chili pour féconder ces derniers , il est bien probable que le fraisier de Caroline était connu avant que Duchesne n’écrivît son livre. A cette époque, les Bressans l'appelaient fraisier d'Angleterre, et en 1505 ils l’envoyaient à Paris sous le nom de fraisier de Barbarie. Enfin, le nom de fraise de Caroline est aujourd’hui bien établi, quoique le fruit qui le porte n'ait pas encore été trouvé en Caroline, qu'on ignore si elle a été dédiée à une personne du nom de Caroline, et qu'on ne sache même pas si elle est une espèce naturelle ou une hybride née d’une fécondation croisée. Cependant on s'accorde à la considérer comme d’origine américaine.
Quoi qu'il en soit, le fraisier de Caroline se range naturellement dans la section des fraises Ananas ;ilenest mêmele plus grand et le plus vigoureux;ses feuilles sont nombreuses, portées sur des pétioles longs de six à douze pouces danslesjardins, munis d’un sillon longitudinalet de poils fins étalés surtout vers la base; les folioles, plus larges et plus étoffées que dans la section des écarlates, sont toutes pétiolulées, d’un vert bleuâtre en dessus, d’un vert pâleen dessous, bordées de dents ovales et pointues.
Parmi les quatre ou cinq hampes que ce fraisier pousse au printemps, quelques-unes restent forts courtes; les autres, plus grosses et plus raides , atteignent une longueur de trois ou quatre pouces jusqu'à leur première bifurcation; ces hampes sont un peu plus velues queles pétioles, et en se ramifiant la plupart produisent chacune de quinze à vingt fleurs hermaphrodites, larges de douze à dix-huit lignes en bonne culture, et qui sont légèrement odorantes. Parmi les premières développées, il s’en trouve qui ont le calice à douze ou quatorze divisions et six ou sept pétales; mais les dernières n'offrent aucune partie surnuméraire.
Le fruittest gros, ovale ou arrondi, d'un diamètre de douze à quinze lignes, constant
dans sa forme, d'un rouge safrané qui passe au rouge ponceau et de là au rouge de feu dans la parfaite maturité.
La chair de ce fruit est assez ferme, ordinairement blanche au centre et rougeñtre vers la circonférence, et quelquefois assez rouge dans tout l'intérieur; les plus gros fruits ont souvent un vide autour de l'axe central, ce qui est un défaut dans les fraises. Le parfum est assez vif et la saveur agréablement acidulée. Quant aux graines, elles sont toujours sail- Jantes sur cette fraise dont la maïurité a lieu du commencement à la fin de juin, et qui se vend sur les marchés plus souvent sous le nom de fraise Ananas que sous celui de Caroline.
Le fraisier qui porte ce beau fruit doit être renouvelé après la deuxième récolte, autrement il ne fleurit presque plus. Ce rencuvellement après deux récoltes est nécessaire pour tous les fraisiers et indispensable pour les espèces vigoureuses et à grand feuillage comme celle-ci, outre le soin qu'il faut avoir de ne pas les laisser produire des coulans.
Nota. Les Anglais, par des fécondations croisées entre cette fraise, qu'ils appellent o/d- Caroline, et celle de Virginie, ont obtenu un grand nombre de variétés qui rendent la
classification des fraises très diffciïle.
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