‹ Pomologie française (volume 2)Chapitre 94 sur 106 · FRAISE ANANAS · texte numérisé non relu

FRAISE ANANAS

Fragaria grandiflora. Poit. et Turp.

} OICI une espèce de fraise dont tout le monde parle, que peu de per-

sonnes connaissent, et qui depuis un assez grand nombre d'années est

quelques jardins, elle est toujours mêlée et confondue avec la fraise

de Caroline et de Bath, et le plus souvent le propriétaire ne l’a jamais distinguée : ces trois espèces sont toutes pour lui la fraise Ananas. Dans les marchés, on vend chaque année non-seulement la Caroline et la Bath sous le nom d’Ananas, mais aussi les diverses sortes de caprons.

La fraise Ananas est cependant bien caractérisée, et j'espère qu'au moyen de la figure ci-Jointeson la distinguera dorénavant avec la plus grande facilité. Son caractère distinctif est dans son pédicelle, qui, au lieu d’être d’égale grosseur dans toute sa longueur, s’épaissit en massue à mesure qu'il approche du fruit : la fraise Ananas est la seule qui offre ce caractère.

Le fraisier Ananas est moins élevé que celui de la Caroline; ses pétioles sont plus courts, plus gros, plus divergens d’un côté et d'autre, beaucoup plus velus, pas autant cependant que dans le fraisier du Chili; ils sont aussi la plupart rougeâtres à leur origine; les poils, d’abord appliqués ou pressés contre le pétiole, s'étendent par la suite et deviennent à-peuprès divergens.

Les folioles qui terminent ces pédoncules sont grandes, ovales, glauques en dessous, d’un vert foncé et bleuâtre en dessus, bordées de grandes dents arrondies et terminées par une petite pointe rougeñtre.

Les hampes sont moins nombreuses, plus courtes, plus velues que celles du fraisier de Bath, et produisent des fleurs de la même grandeur; les premières épanouies ont souvent six ou sept pétales et douze ou quatorze divisions à leur calice, et celles qui se développent les dernières se sèchent et ne donnent pas de fruit. Après la floraison, les pédicelles fructifères s'inclinent, grossissent considérablement vers le fruit, circonstance qui ne se remarque que dans cette seule espèce.

Le fruit a à-peu-près la même forme et la même grosseur que la fraise de Caroline,

mais elle est d'un rouge plus vif, et les graines, au lieu d’êtré saillantes, sont logées dans

des alvéoles profondes. La belle couleur écarlate de sa peau se rembrunit un peu dans la grande maturité, et l’intérieur de la chair passe alors du blanc au rouge.

J'ai figuré un fruit détaché d’une forme allongée qui forme une sous-variété d’Ananas, et que l’on perpétue par coulans, comme l’Ananas même; de sorte que nous avons dans nos cultures deux fraises de Bath, deux fraises de Caroline et deux fraises Ananas qui se distinguent en rondes et en longues.

La fraise Ananas muürit dans le commencement de juin; elle est supérieure à la fraise de Caroline, en ce qu’elle a la chair plus ferme et le parfum beaucoup plus relevé. Quant

à la saveur ou à l'odeur d’ananas qu'on a cru y trouver, rien ne me paraît moins certain ou moins constant.

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