FRAISIER SOUCHET
Fragaria Suehiana. Poit. et Turp.
= EST à M. Souchet, l'un des jardiniers de la couronne sous Louis XVIII, M» SN
(4N que nous devons ce fraisier. Voici quelques particularités sur sa naissance.
En 1808, M. Souchet, jardinier en chef au potager de Versailles, re-
2 cueillit quelques graines sur un fraisier du Chili, qui se trouvait au pied d’un mur dans une plate-bande au midi. Ce fraisier du Chili était isolé et éloigné de toute autre espèce d'environ 55 à 4o toises; si l'on soupçonne qu'il avait pa être fécondé par une espèce étrangère, c'est le Capron qui se trouvait avoir le moins d’obstacle et dont la poussière pollinique aurait eu le moins d'espace à parcourir pour cette opération. Quoi qu'il en soit, les graines ayant été semées, il n’en est levé que trois pieds, parfaitement semblables entre eux dans toutes leurs parties, mais différant du fraisier du Chili, leur mère, et de tous les fraisiers connus.
Quand ces trois plantes ont fructifié, M, Souchet en a semé les graines et elles ont produit des fraisiers parfaitement identiques avec leur mère, sans aucune nuance de variétés. Ceux-ci se sont reproduits semblables à eux-mêmes dans un second et un troisième semis, de sorte que la plante a paru irrévocablement fixée.
Maintenant, je demande aux botanistes ce que deviennent leurs lois sur les espèces et les variétés, et si l’hybridisme, dont l'existence ne peut guère être contestée, ne donne pas lieu de temps en temps, à de nouvelles plantes qu’on n'avait jamais vues auparavant.
Le fraisier Souchet est une espèce fort intéressante qui s'élève un peu plus haut que le fraisier-du Chili, qui a ses feuilles plus grandes, d’un vert foncé et luisant en dessus ; le dessous est blanchâtre et assez soyeux; les pétioles sont fort gros et se teignent quelquefois d’un rouge pâle.
Les hampes sont courtes, très raides, divisées ; elles développent successivement chacune de six à dix fleurs larges de 18 lignes (41 millimètres), dont les premières sont ordinairement femelles et les autres hermaphrodites; de sorte que si ces dernières fleurs s’épanouissent trop tard pour pouvoir féconder les fleurs femelles de leur propre hampe, elles peuvent du moins féconder celles des autres hampes moins hâtives. Au reste , ces fleurs ont de 10 à 15 folioles à leur calice et de 5 à 8 pétales.
Après la défloraison, le jeune fruit s'incline; mais bientôt il se redresse, et son pédon-
cule prend la forme d'un S qu’il conserve jusqu'à la fin. Il ne noue ordinairement que 1,
2 ou 3 fruits sur chaque hampe; ils sont droits, arrondis, aplatis en dessus, assez umiformes, ayant pour terme moyen, 1 pouce (27 millimètres) de diamètre, 16 à 18 lignes, (36 à 4r millimètres de hauteur). Ils sont d’abord d’un rouge cinabre obscur, ensuite écarlate ou feu très luisans. Les graines sont nombreuses, rousses ou puces, légèrement enfoncées.
La chair est ferme, d’un blanc jaune, parfumée, relevée, très bonne, meilleure, selon moi, que celle de la fraise du Chili.
Cette fraise mürit entre celle de Caroline et celle du Chili, et comble l'intervalle qu'il y a entre la maturité de ces deux espèces. Quant à sa culture, elle est la même que celle des espèces vigoureuses.
.: Dans ün autre semis de graines du fraisier du Chili, M. Souchet a obtenu deux variétés à fruit pâle, l’un arrondi, l’autre pyramidal, que j'ai cru devoir figurer au bas de la planche ci-jointe, mais dont la qualité n’a pas paru mériter la culture.
Tant que M. Souchet est resté au potager de Versailles, il a cultivé avec soin la fraise à laquelle j'avais donné son nom; mais après son changement de résidence, son successeur n'ayant pas le même goût pour les expériences, a laissé perdre cette fraise, qu’il serait facile de faire renaître en semant des graines du fraisier du Chili, qui auraient été fécon-
dées ou par un Capron ou par la fraise de Caroline.
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