‹ Pomologie française (volume 2)Chapitre 98 sur 106 · MURIER NOIR · texte numérisé non relu

MURIER NOIR

Morus nigra. Poit. et Turp.

E Mürier devient un assez gros arbre, mais peu élevé, à tête large et diffuse: sa croissance est lente, et tant qu'il est jeune ses rameaux sont très flexibles.

Les bourgeons sont gros, courts, couverts d'une écorce un peu velue,

3 d'un vert clair tirant sur le fauve en quelques endroits, tiquetée de points gris, se colorant d’un brun rougeâtre pendant l'hiver.

Les boutons sont gros, coniques, ventrus, avec le bord des écailles roux ou violet. Le support est saillant.

Les feuilles sont en cœur terminé en pointe, profondément dentées, longues de 4 à 6 pouces (108 à 162 millimètres), d’un beau vert foncé en dessus , blanchâtres, réticulees et un peu velues en dessous. Le pétiole, long de 12 à 18 lignes (27 à 40 millimètres), est gros, subcylindrique avec un sillon en dessus.

Les chatons mâles sont gros, longs de 1 à 2 pouces (27 à 54 millimètres). Les chatons femelles, moins longs que les mâles, sont composés chacun de 4o à 5o fleurs sessiles sur un axe ou filet velu. Après la fécondation toutes ces fleurs grossissent, deviennent succulentes, et forment, en se greffant mutuellement la müre proprement dite, qui est d'abord d’un vert clair, ensuite d’un beau rouge, enfin d’un noir foncé et luisant. La peau se déchire aisément et laisse échapper un jus abondant d’un rouge foncé, doux, qui teint fortement la peau et les étoffes.

Le Mürier exige une bonne terre pour parvenir au terme de son accroissement. Il est rarement dioïque, mais quelques individus produisent beaucoup de fleurs mâles et peu de fleurs femelles. 11 faut éviter de les multiplier.

On plante ordinairement le Mürier dans la basse-cour, où ses racines trouvent une nourriture abondante, ses branches et ses fleurs un abri contre le. mauvais vent; il ne demande ni taille ni culture, et ses fruits surabondans tombent au profit de la volaille. Les amateurs de mûres peuvent planter un mürier en espalier à quelque exposition que ce soit; il tapissera fort bien le mur et donnera de très beaux fruits.

La maturité des mûres a lieu de la fin de juillet à la fin de septembre. On les sert au commencement du repas; elles apaisent la soif et rafraîchissent. On en fait un sirop très utile pour adoucir les âcretés de la gorge et de la poitrine. Les müres vertes sont

détersives et astringentes; on les emploie dans les gargarismes pour les ulcères de la

bouche et de la gorge.

Lorteau le. 7e l'Lmpranerte de Lan lors = Bora 072 : £ :

MÜRIER DE VIRGINIE.

Morus Firginiana. voit. et Turp.

7 E ne vois plus aujourd’hui de forts individus de cette espèce; mais il y a

trente ans, il en existait de très beaux au Jardin-du-roi, qui paraissaient âgés de

24 à 30 ans, dont un seulement produisait des fruits, car l'espèce peut être | dioïique par avortement, c'est-à-dire que des individus portent des fleurs mâles, et d’autres des fleurs femelles; il y a d’autres espèces de mürier qui sont dans le même cas, soit naturellement, soit accidentellement, tandis que d’autres sont constamment monoïques, c’est-à-dire portent en même temps des fleurs mâles et des fleurs femelles. .

Ce bel arbre, originaire de l'Amérique septentrionale, est cultivé depuis long-temps comme arbre d'ornement dans la plupart des jardins de l’Europe; mais 1l y a moins long-temps qu’on en connaît le fruit, et qu’on l'a trouvé digne de figurer à côté de la müre noire, connue de toute antiquité.

Les premiers individus introduits étaient probablement tous mâles, car Raï, botaniste anglais, ne leur voyant que des chatons à-peu-près comme ceux des noïsetiers les avait réunis sous ce dernier genre.

En France on a appelé les individus mâles, müriers de Virginie, et les individus fructifères, müriers rouges, jusqu’à ce qu'il fût bien reconnu qu'ils appartiennent tous à la même espèce. Je préfère ici l’épithète de Y’irginie à l'épithète rouge pour deux raisons : la première, c’est parce que le fruit est autant et plus noir que rouge à l’état de maturité; la seconde, c’est qu’il y a des variétés de mürier blanc qui ont le fruit rouge.

L'arbre devient plus gros et plus grand que le mürier noir; sa tête est plus garnie et plus compacte que celle du müûrier-blanc; son bois est surtout plus fort, plus dur et paraît propre à la construction. |

Les feuilles sont grandes, cordiformes, terminées en pointe, inégalement dentées en scie, rugueuses en dessus, velues et réticulées en dessous, rarement planes, souvent ployées ou diversement contournées : sur Les jeunes arbres vigoureux, on en trouve beaucoup à trois et même à cinq lobes; elles ont à la base de leur pétiole des stipules linéaires assez grandes et qui tombent avant le parfait développement des feuilles.

Les chatons mâles et femelles naissent en même temps que les feuilles sur la pousse ac-

tuelle ainsi que sur la pousse précédente; ils sont axillaires, solitaires et pédonculés; les mâles , ordinairement plus nombreux que les femelles , sont d’un blanc jaunâtre, peu serrés, longs de 27 millimètres, et tombent promptement après l'émission de leur pollen; les chatons femelles alors grossissent, deviennent succulens, s’allongent de 34 à 41 millimètres, prennent une forme à-peu-près cylindrique, s’inclinent et deviennent pendante par leur propre poids, passent du vert jaunâtre au rouge, du rouge au pourpre, et enfin au noir dans la parfaite maturité, et constituent des rnüres proprement dites, dont la saveur est relevée d’un acide agréable qui ne se trouve pas dans la müre noire. Elles ont en outre un goût plus fin et commencent à mürir quinze jours avant les müres noires.

Miller observe qu’il n’a pas réussi à greffer le mürier de Virginie sur les autres espèces de mürier; si en effet il ne prend pas sur ses congénères, il prendrait sur lui-même; et comme il y a des individus qui n’ont presque que des fleurs mâles, et d’autres qui ont beaucoup de fleurs femelles parmi les fleurs mâles, il suffirait de greffer ces derniers sur les premiers

pour n'avoir plus que des arbres fertiles.

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