‹ Pomologie française (volume 2)Chapitre 97 sur 106 · GENRE MURIER · texte numérisé non relu

GENRE MURIER

Rubus 1dœus. Poit. etTurp.

IE genre appartient à la famille des artocarpées, et se compose d'arbres

lexotiques à feuilles simples, à fleurs unisexes disposées en chaton, et a

N Ê pour caractère commun , 1° eur mâle, calice à quatre divisions, point NN HE corolle, quatre étamines opposées aux divisions du calice; 2° fleur femelle, calice et corolle comme dans la fleur mâle, un ovaire moncsperme, supère, surmonté de deux styles aigus; 3° un fruit composé de l'assemblage de toutes les fleurs femelles d’un chaton, dont les calices sont devenus charnus, succulens, et renferment

chacun une graine.

HISTOIRE, USAGES , CULTURE

Le nom de Mürier ou Horus, qui vient du celtique Mor, noir, a été donné d'abord à l'arbre que nous appellons toujours Mürier noir, et auquel on assigne l'Ttalie pour patrie : c’est le seul que les poètes aient chanté. Avec le temps on a découvert qu'il en eroissait d’autres en Tartarie, en Chine, en Amérique, de sorte que les botanistes comptent aujourd'hui une douzaine d'espèces de Müriers et au moins autant de variétés. Quoique les fruits de tous les Müriers soient mangeables, il n’y a pourtant que ceux du Mürier noir et du Mürier rouge qui soient jugés dignes de paraître sur les tables; on les appelle Müres, et c'est lorsqu'ils sont pleins d’un jus si coloré qu'on peut à peine les toucher sans se rougir les doigts, qu'ils ont acquis toute leur maturité et sont propres à être mangés.

Les mûres sont nourrissantes et rafraîchissantes à la manière des groseilles, des fraises et des framboises, mais elles n'ont, étant bien müres, ni l'acide des premières, ni le * parfum des autres; elles leur sont même inférieures quant à la saveur, et on les mange plutôt dans une vue hygiénique , comme rafraïchissantes, que pour toute autre raison. Un seul pied de Mürier noir suffit pour la plus grande maison, mais quelques cultivateurs en élèventun plus grand nombre, pour en vendre le fruit aux pharmaciens qui en extraient le jus et en font un sirop rafraichissant.

Quoiqu'il n’y ait guère que les poules et les enfans qui mangent les fruits du Mürier

blanc, et que je pourrais conséquemment me dispenser de parler de cet arbre dans un

ouvrage de la nature de celui-ci, je crois cependant devoir en dire deux mots, à cause de son importance relativement à l’économie politique et industrielle.

Le Mürier blanc, ainsi que le ver à soie, qui se nourrit de ses feuilles, sont l'un et l'autre originaires de la Chine. La culture de l’un et l'éducation de l’autre étaient pratiquées en Chine 700 ans avant Abraham, et 2700 ans avant Jésus-Christ. Ce fut l'empereur Houng-ti (empereur de la terre), qui régna sur la Chine plus de cent ans, qui institua le premier l'éducation des vers à soie dans des maisons appropriées à cet usage, et l’impératrice, sa femme, qui la première enseigna à tisser les fils de soie. Leurs successeurs continuèrent long-temps après d’avoir, dans leur propre palais, des appartemens destinés à l'éducation des vers à soie, et à laquelle les princesses prenaient une grande part.

De la Chine, le Mürier et le ver à soie se répandirent dans l'Inde, en Perse et en Arabie, et enfin dans toute l'Asie. Les expéditions d'Alexandre firent connaître et introduisirent l'usage de la soie en Grèce, 350 ans avant Jésus-Christ. Les Phéniciens firent aussi le trafic de soie, et en importèrent dans l’est de l’Europe. Sous l’empereur Sévère, les étoffes de soie se vendaient à Rome au poids de l'or, et l'empereur fit promulguer des lois qui condamnaient à mort ceux qui porteraient des vêtemens de soie. Au sixième siècle, deux missionnaires arrivèrent de la Chine, apportant à Justinien des graines de Mûrier, et firent connaître comment on élevait les vers à soie en Chine. Justinien, plus éclairé que ne l'avait été Sévère, renvoya ces missionnaires en Chine, d’où ils revinrent en 555, et apportèrent à Constantinople des œufs de vers à soie. Alors une nouvelle ère commença pour le commerce de la soie; la Grèce planta des Müriers. Après la chute de l'empire romain, les Arabes étendirent la culture du Mürier et l'éducation du ver à soie; l'une et l’autre passèrent en Espagne, en Portugal avec les Arabes et les Sarrazins, vers 711. De la Grèce, le ver à soie passa en Sicile et à Naples, en 1146, et y resta sans utilité jusqu’en 1540, qu’il s'étendit jusqu'en Piémont, et enfin dans toute l'Italie. Sa première apparition en France date de 1494, mais il ne s'y établit finalement qu’en 1603, sous le gouvernement et par les soins de Henri IV. Après la mort de ce prince, l'éducation des vers à soie, mal dirigée, mal administrée , découragée, a presque été totalement abandonnée dans le centre de la France, et ne s'est maintenue que dans quelques provinces du midi. Depuis 1820, elle s'est réveillée aux environs de Paris, et grâce au zèle éclairé et persévérant de M. Camille Beauvais, et à l'introduction de quelques nouvelles variétés de Mürier, jugées plus nutritives que les anciennes, on doit espérer que ce genre d'industrie prendra un plus grand développement que par le passé.

Puisque je remplis ici le rôle d’historien, je ne dois pas omettre de dire, que malgré les écrits de MM. Dandolo, Moretti, Loiseleur-des-Longchamps, et de plusieurs autres, l’éducation du ver à soie serait peut-être encore un simple objet de curiositésous leclimat deParis, sans l'importation du Mürier multicaule que M. Perrotet a trouvé à Manille en 1820, qu'il a porté à Cayenne et delà en France en 1822. Ce mürier était cultivé avec prédilection à Manille par un Chinois qui l'avait apporté de son pays comme le plus propre à la nourriture du ver

à soie. C'est d’après ces notions que M. Perrotet lui en acheta quelques pieds dans linten-

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tion d'en enrichir la France. Cette nouvelle espèce, qui s’enracine de bouture avec une facilité et une promptitude extraordinaires parmi les müriers, fut bientôt multipliée à linfini. Un mémoire lumineux, publié par M. Perrotet, mit le comble à la réputation de ce mürier auquel la reconnaissance attacha le nom de Mürier Perrotet, tandis que quelques auteurs tracassiers ou jaloux s’efforçaient de le faire désigner sous les noms de Mürier des Philippines ou de Mürier à feuilles en capuchon. Ainsi, c’est la présence du Mürier multicaule qui a ranimé l'espérance presque éteinte de pouvoir éduquer le ver à soie, avec profit, sous le climat de Paris; et si cette industrie sy implante solidement et y prospère un jour, la cause déterminante en sera due à mon confrère Perrotet. |

Cependant les Américains des États-Unis, qui marchent à pas de géant dans la carrière des améliorations, pourront très bien nous dépasser à la faveur de leur climat moins variable que le nôtre. Ils sadonnent sérieusement à la plantation du Mürier multicaule et à l'éducation du ver à soie; et s’il faut juger de leurs progrès par un Ouvrage intitulé: rt of raising the Mulberry and Silk, publié à Boston en 1833, peu d'années suffiront pour

faire pencher la balance en leur faveur dans cet article important du commerce.

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