GENRE GROSEILLER
HEF d une petite famille que les botanistes désignent sous le nom de Grossulanœ, composée de petits arbrisseaux indigènes et exotiques, épineux ou
non épineux, à feuilles simples, lobées, alternes, et dont le caractère commun est d’avoir :
i° Un calice d’une seule pièce, plus ou moins tubulé, profondément divisé en cinq découpures obfongues, roulées en dehors, persistantes.
■2° Cinq pétales très petits insérés au bord du calice, alternes avec ses divisions.
3° Cinq étamines courtes, alternes avec les pétales, insérées aussi à l’orifice du calice.
4° Un ovaire adhérent, couronné par le calice, du centre duquel s’élève un style profondément divisé en deux branches divergentes, épaissies en stigmate au sommet.
o Une baie globuleuse ou ovale, uniloculaire ayant deux réceptacles pariétaux opposés où sont attachées les graines par des petits cordons ombilicaux; ces graines sont ovales,
membraneuses, ayant l’embryon très petit, logé dans le bout inférieur d’un grand périsperme.
Histoire et culture. L espèce primitive des Groseillers à grappes se trouve dans tous les bois de l’Europe, d’où on l’a tirée pour la cultiver dans les jardins, et où elle a produit quelques variétés. Cependant elle n’était pas connue des anciens botanistes, ou du moins on ne la trouve pas dans leurs ouvrages. Tragus paraît être le premier qui l’ait décrite et figurée vers l’an 55o; mais cet auteur qui ne connaissait le ribas des Arabes (rheum ribes) que par ses propriétés médicinales, et qui retrouvait les mêmes propriétés dans la Groseille, et une espèce de ressemblance entre ce fruit et les tubercules des tiges et des feuilles du ribas, confondit cette dernière plante avec le Groseiller, en les réunissant sous le nom genenque de Ribes. Cet assemblage monstrueux persista long-temps, parce que les botanistes arabes ne connaissaient pas le Groseiller, et que les botanistes européens ne connaissaient pas le ribas des arabes. Di lien, botaniste anglais, ayant reçu et semé des graines de ribas, en 1760, reconnut pourtant que cette plante se rapprochait des oseilles. Enfin Linné la rangea parmi les rhubarbes, et conserva le nom de ribes au Groseiller.
Depuis long-temps 1 usage de multiplier le Groseiller par les semences est abandonné, probablement parce qu’on n’en obtenait pas de variétés à fruit plus gros. Mais les éclats enracinés, les marcottes et les boutures suffisent à sa multiplication. Quoiqu’il ne soit pas délicat, il est nécessaire de lui donner une bonne terre meuble, un labour à chaque printemps et plusieurs sarclages pendant l’été.
La. fertilité extra.ordina.ire de cet arbrisseau, fait quon le cultive assez négligemment. On lui conserve le plus souvent la forme d’un petit buisson qu’il prend naturellement en le tondant avec des ciseaux 5 mais cet usage est très blâmable, parce qu on détruit annuellement les jeunes pousses propres à donner le plus beau fruit, et que l’intérieur du buisson se garnissant de plus en plus, le fruit qui s’y trouve ne peut jouir de l’air et du soleil. Il faut au contraire entretenir beaucoup de vide au centre du buisson, en ne laissant quun certain nombre de tiges que l’on arrête à la hauteur de 3 à 4 pieds. Tous les ans en hiver ou au printemps ou taille les forts bourgeons a 4 yeux, les moyens a 2, et on laisse entières les petites branches à fruits. Quand ces branches sont devenues trop grandes ou quelles ne donnent plus que de petits grains , on les supprime successivement en choisissant pour les remplacer les plus forts bourgeons qui se développent chaque année de la souche.
Mais enfin lorsque les Groseillers sont trop vieux, ce qui leur arrive à l’âge de 8 à 12 ans, ils ne produisent ordinairement que des petits fruits d’une telle acidité, dit Duhamel, que les oiseaux mêmes ne les mangent pas. Pour les renouveler, il n’est pas besoin de tirer le plant d’ailleurs; les jeunes bourgeons éclatés de ces vieux pieds dégénérés et plantés dans d’autres places, ou dans la même, pouvu qu’on en change la terre, se rétabliront et donneront de beaux fruits.
C’est ainsi que les jardiniers intelîigens cultivent le Groseiller dans les plates-bandes d’un potager. Quelquefois même ils l’élèvent en boule sur une seule tige haute de 3 à 4 pieds (environ un mètre), ce qui est préférable, nécessaire même quand on a peu de place à donner à cet arbrisseau. On peut encore le mettre en espalier au midi pour hâter la maturité de son fruit , et au nord pour la retarder.
Quand les Groseilles sont mûres, elles n’ont pas de plus grand ennemi qu’un soleil trop ardent. Pour les en garantir et les conserver jusqu’en novembre, on couvre les Groseillers avec des paillassons.
Usages. La Groseille rouge se mange en santé comme un fruit délicieux, et elle n est pas moins utile dans la maladie. On en prépare une gelée et un sirop propre à modérer les ardeurs de la fièvre causée par une bile trop exaltée. Elle se confit en grain, en pâte, en conserve, en compote. L’agréable acidité de ce fruit apaise la soif des malades et leur donne bonne bouche. Le sirop de Groseilles battu dans de l’eau est d’un usage familier, utile et agréable en été. Dans les relâchemens et les coliques bilieuses, ce sirop et la gelée sont très efficaces. Le suc de Groseilles mêlé avec égale quantité de suc de Verjus, de Citron dans de l’eau commune est un des meilleurs gargarismes pour les maux de gorge, de quelque nature qu’ils soient. Aucun acide ne vaut le sirop de Groseilles dans le mal de gorge gangreneux des enfans, parce qu’il est aussi cordial que rafraîchissant. On relève la confiture de cerises avec des Groseilles, et on adoucit celle de Groseilles avec des framboises. Pour faire un excellent vin de Groseilles, on en extrait le jus qu’on laisse un peu fermenter, et on y ajoute du sucre convenablement.