‹ Pomologie française (volume 3)Chapitre 38 sur 100 · POIRE BEURRÉ D’ANGLETERRE · texte numérisé non relu

POIRE BEURRÉ D’ANGLETERRE

Pyrus Anglica. Poit. et Turp.

E commence par rappeler que nous ayons cultivé cette Poire long-temps avant quelle fût connue en Angleterre, et conséquemment elle ne vient pas de ce pays comme plusieurs le croient.

L’arbre qui la produit doit être greffé sur franc, parce qu’il est naturellement très fertile et d’une moyenne vigueur. Il préfère le plein vent et n’a pas besoin d’être taillé; alors il devient un bel arbre pyramidal, dont les rameaux forment d’abord un angle de 4$ degrés, mais qui bientôt s’ouvrent davantage et laissent pendre leurs extrémités par le poids du fruit qui les charge tous les ans. Ces rameaux sont très divisés , et couverts d’une écorce grise ou noirâtre ; celle du tronc se crevasse de très bonne heure et se détache par lambeaux.

Les bourgeons sont d’une force médiocre, d’un gris cendré, beaucoup moins rouges et moins géniculés à chaque nœud que ceux du Beurre ordinaire, munis de points allongés, peu nombreux, d’un roux cendré; ils ont les supports saillans, les yeux très larges, comprimés à la base, éloignés du bourgeon par le sommet.

Les feuilles sont petites, ovales, allongées en pointe, courbées en dessous en portion de cercle, d’un vert foncé et luisant en dessus, et bordées de dents arrondies; le pétiole est muni de petites pointes noires ainsi que la nervure médiane. Dans l’automne ces feuilles prennent le plus souvent une teinte bronzee.

Le bouton à fruit est gros, roux, conique, aigu; au printemps on en voit sortir de huit à dix fleurs planes , larges de 41 millim. (18 lig.) portés sur de longs pédoncules cotonneux.

Le fruit varie beaucoup en grosseur, mais très peu en forme et en couleur; on le trouve toujours ventru et arrondi du côté de l’oeil, allongé en pointe du côté de la queue; le plus souvent il diminue de ce côté avec une progression telle quon ne voit où il finit ni où commence la queue; quelquefois aussi il y a des boursouflures à l’union du fruit avec la queue. La hauteur moyenne d’un heau fruit est de 6 à 8 cent. (2 à 3 pouces), et sa queue est longue de 14 à 34 millim. (6 a i5 lig.) L’œil est placé à fleur et conserve les étamines desséchées dans son intérieur; ses divisions sont d’une petitesse remarquable.

La peau est épaisse, dure, dun vert gris, tiquetée d’une grande quantité de petits points roux qui font tache en quelques endroits.

La chair est blanche, fondante, demi-beurrée.

Leau est abondante, sucree, relevée, d’un goût agréable.

Les pépins sont très noirs; plusieurs avortent.

Cette Poire, extrêmement commune, mûrit de la mi-septembre à la fin d’octobre. Pendant ce temps, elle est très abondante sur les marchés, dans les rues, sur les ponts. Elle se blettit promptement; mais prise au point de sa parfaite maturité elle est excellente, et comme elle n est jamais chère, parce qu elle ne peut pas se garder, cest la Poire du peuple, c’est elle que les revendeuses, tolérées sur le Pont-Neuf et ailleurs , offrent aux ouvriers qui passent, en leur criant à tue-tête: Un sou le tas, les Anglais, un sou le tas!

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