POIRE DE BEURRÉ
Pyrus Butyracea. Poit. et Tmp.
L n’y a qu’une voix lorsqu’il est question de convenir que le Beurré est la meilleure de toutes les poires que nous ont léguées nos pères. Ses qualités sont d’abord un gros volume et une belle forme; ensuite, ce qui est encore plus précieux, une chair très fine, fondante, beurrée, assaisonnée d’une eau abondante, sucrée, relevée d’un léger acide très agréable.
Cependant, si nous avons foi à l’assertion de M. Knight, fameux pomologiste anglais, le mérite transcendant du Beurré d’aujourd’hui ne serait rien en comparaison de celui du Beurré d’autrefois. On sent bien que ni M. Knight, ni ceux qui partagent son opinion, ne mangeaient de Beurré il y a quelques siècles, et que ce n’est pas l’expérience qui les guide; voici donc sur quoi ils se fondent. Toutes nos variétés de fruits cultivés sont le produit du hasard ou de l’industrie de l’homme; la nature ne les reconnaît pas pour ses enfans, et elle ne veille nullement à leur conservation, car, tandis quelle accorde constamment aux siens la faculté de se reproduire par l’acte de la génération, elle refuse constamment cette même faculté à nos variétés d’arbres fruitiers; et comme la vie d’un arbre fruitier se prolonge rarement au-delà d’un siècle, il arriverait que chaque variété s’éteindrait bientôt si nous ne prolongions pas son existence au moyen de la greffe, de la bouture ou de la marcotte. Mais, dit M. Knight, en greffant ou bouturant un arbre fruitier, vous ne le renouvelez pas, vous ne le régénérez pas au moyen de graines comme fait la nature à l’égard des plantes dont elle est la mère ; ce rameau que vous greffez n’est que la continuité du rameau d’un arbre séculaire qui a transmis à ses ramifications le cachet de son âge, de ses maladies, de sa décrépitude; la greffe paraît bien ralentir un peu la marche vers l’extinction d’une variété, mais elle nelar-= rête pas.
On donne encore bien d’autres raisons pour amener à conclure que les fruits étaient autrefois meilleurs qu’aujourd’hui; mais comme ces raisons n’ont rien de consolant, nous nous abstiendrons de les rapporter. Jouissons de nos fruits tels qu’ils sont , et arrivons au positif.
Dans le commerce de fruits, on admet un Beurré gris et un Beurré doré comme deux fruits distincts , tandis que quelques écrivains ne reconnaissent pas cette distinction , et
soutiennent que la couleur dorée n’est produite que par une exposition plus chaude ou par la faiblesse ou le grand âge de l’arbre.
Quoi qu’il en soit, il y a des poiriers qui ne donnent que du Beurré gris, et d’autres qui ne donnent que du Beurré doré. Quant à la qualité, elle est la même dans l’un et l’autre, c’est-à-dire des plus excellentes, quand l’arbre est en bon sol et que le fruit jouit amplement de l’air et du soleil.
Le Poirier beurré est un des plus faciles à reconnaître parmi ses congénères; il s’élève peu, se laisse facilement diriger sous toutes les formes, se greffe sur franc et sur coignassier; il est naturellement très fertile et commence à fructifier très jeune.
Son fruit mûrit du i5 septembre au 20 octobre; il est avantageux de ne pas le laisser mûrir entièrement sur l’arbre. Lorsqu’il a pris tout son développement et qu’il commence à changer de couleur, il faut le cueillir, le porter à la fruiterie, suivre son progrès de maturation et le consommer à mesure qu’il arrive à son point de perfection. La figure ci-jointe représente le Beurré gris.
Pyrus hutyracea ruhra. iJoit. ei Turp.
liray
L existe une grande diversité d’opinions entre les auteurs classiques et les pépiniéristes au sujet des Beurrés. Les auteurs soutiennent qu’il n’y a qu’une espèce de Beurré; que le même arbre peut porter en même temps des fruits verts, des fruits gris , des fruits dorés et des fruits rouges. En effet, on voit quelquefois des fruits de ces quatre couleurs, sur un seul et même arbre. Les pépiniéristes au contraire, font des variétés de toutes ces couleurs, et les vendent comme différentes l’une de l’autre.
En examinant combien de variétés accidentelles se sont fixées par la greffe, on trouve moyen de donner raison aux auteurs classiques et aux pépiniéristes: ces derniers ont pu fixer par la greffe une branche qui portait un fruit doré ou rouge, prise au milieu d’autres branches qui n’en portaient que de vert ou de gris, et perpétuer ainsi séparément des variétés provenues d’un seul et même type, et il est très possible que le Beurré doré et le Beurré d’Amboise soient provenus de cette manière.
Mais aujourd’hui, voici une bien autre confusion qui s’introduit dans la nomenclature des fruits: ce n’est plus une ou deux variétés, mais bien trente variétés que les pépiniéristes désignent sous le nom fameux de Beurré. Ce n’est pas ici le lieu d’examiner si tous ces fruits ont des titres suffisans pour entrer dans la famille des Beurrés , mais je ne crois pas que si La Quintinye et Duhamel revenaient, ils sanctionnassent une telle fournée; pour mon compte, j’en connais plusieurs qui, quoique de très bons fruits, n’ont pas les caractères dans le port de leur arbre ni dans le fondant de leur chair qui constituent ceux du Beurré , et qui en seront certainement éliminés, si un jour il se trouve un homme doué de la faculté de
l’analyse, assez hautement placé pour refondre la nomenclature des fruits, la baser sur les affinités, et fermer la porte à l’arbitraire. Les fruits jouent un assez grand rôle dans 1 économie domestique et commerciale, pour que leur nomenclature soit soumise à une révision aussi bien que les autres branches de 1 histoire naturelle et de la chimie.
Quant au Beurré d’Amboise, qui m’occupe actuellement, et que Ion nomme aussi Beurré d’isambert, il prend un si beau rouge qu’on a cru devoir le figurer ici. Quan* a ses
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qualités, elles sont absolument les mêmes que celles du Beurré gris le plus parfait, dont je parlerai pins tard.
Ainsi, outre les variations de forme et de grosseur, le Beurré d’Amboise se reconnaît à sa couleur rouge, et a la couleur rougeâtre de ses bourgeons. L’époque de sa maturité est la même que celle du Beurré gris, de septembre en octobre.