‹ Pomologie française (volume 3)Chapitre 57 sur 100 · POIRE D’ÉPARGNE · texte numérisé non relu

POIRE D’ÉPARGNE

Pyrus Samsoniana. Poit.et ïurp.

E toutes les véritablement bonnes Poires , voici celle qui mûrit la première chaque année sous le climat de Paris. Aucune de celles qui la précèdent en maturité ne sont dignes de paraître sur la table des personnes dun goût délicat. Dans quelques départemens, elle a pour synonymes les noms de Beau présent et de Saint-Samson.

L’arbre qui la porte est un des plus reconnaissables de tous les Poiriers, et on le trouve dans le jardin du riche comme dans celui du pauvre; mais chez ce dernier on le laisse s’élever en plein vent pour donner des fruits en quantité, qui pour lors restent petits, tandis que dans le jardin du riche on le taille, et ses fruits deviennent plus gros, plus beaux aux dépens du nombre qui est beaucoup diminué.

Mais quoi qu’on fasse pour donner au Poirier d’Epargne la forme d’une belle quenouille ou d’un bel espalier, on ne réussit jamais complètement; son mode de végéter s’y oppose. C’est un arbre vigoureux que l’on greffe avec succès sur franc et sur coignassier ; il ne s’élève pas à une grande hauteur ni verticalement, parce que ses rameaux, toujours gros, fort longs et peu nombreux , se jettent à droite et à gauche horizontalement, et que même ils ont la plupart plus de disposition à s’incliner qu’à s’élever.

La fleur de l’Epargne est la plus grande de toutes celles des Poiriers; disposées en gros bouquets d’une blancheur extrême, elles figureraient admirablement dans les bosquets du printemps, si le mauvais goût des architectes ne luttait continuellement contre la raison et le bon sens, qui voient dans plusieurs arbres fruitiers plus d’agrément pour l’esprit que dans beaucoup d’arbres stériles, dangereux par leurs épines et par les émanations malfaisantes qu’ils répandent. Espérons que le temps rendra les architectes et planteurs de jardins d’agrement plus raisonnables, et qu’ils finiront par savoir unir l’utile à l’agréable.

La Poire d’Epargne varie extrêmement en grosseur, mais elle est toujours allongée ; j’en ai vu qui avaient jusqu’à cinq pouces de longueur, j’en ai vu aussi qui étaient rougeâtres, mais elles sont généralement vertes, piquetées de points gris, et assez souvent marquées de taches également grises surtout du côté de la queue qui est toujours fort longue.

La chair est d’un blanc verdâtre très fondante.

L’eau est très abondante , relevée d’un acide fin des plus agréables quand le fruit pro-

vient d’un arbre vigoureux en bonne terre ni trop humide, ni trop sèche; autrement il manque de saveur et devient âcre.

La maturité de cette Poire arrive de la fin de juillet au i5 août. Elle est fort abondante dans la saison , mais passe très vite; c’est pourquoi deux arbres suffisen t dans le plus grand jardin quand on ne spécule pas sur la vente.

Cette Poire étant la plus précoce des bonnes Poires, et la précocité se payant à Paris plus cher que la qualité , on voit chaque année, chez les principales fruitières de la capitale, des paniers d’Epargne magnifique pour la forme et le volume, mais encore tout vert , non encore mangeable, et que cependant le riche paie fort cher, tandis que le peuple qui, par une bonne raison , attend la complète maturité de ce fruit , le mange bon et à bon marché.

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