‹ Pomologie française (volume 3)Chapitre 56 sur 100 · POIRE DOYENNÉ ROUX · texte numérisé non relu

POIRE DOYENNÉ ROUX

Pyrus reperta. Poit. et T«rp.

L y a juste trente ans, qu’au sujet de ce poirier, le ciel a voulu que je fisse imprimer la boutade suivan te.

« Si les pépiniéristes et les jardiniers avaient fait comme font les curieux « d’Harlem, qui s’assemblent et s’entendent pour nommer le plus convenable- « ment possible une fleur nouvelle, la nomenclature des fruits ne serait pas « hérissée de ridicules et de contre-sens comme elle l’est aujourd’hui ; chaque « nom aurait été raisonné et appliqué avec justesse; ou si l’application ne se « fût pas toujours trouvée heureuse, au moins elle n eut jamais présenté une « fausse idée. Quelle opinion pouvons-nous nous faire du savoir de celui qui, le « premier, a nommé Doyenné gris une poire qui n’est nullement grise, mais « bien d’un roux très pur et très vigoureux? Il est probable que lorsqu’on ne « sait pas distinguer le gris du roux, on ne connaît pas grand’chose. »

Depuis trente ans, j’ai eu le temps d’apprendre qu’il faut être indulgent, et je me repens bien d’avoir dit la vérité aussi durement.

Pourquoi aussi, Duhamel, cette grande autorité, s’est-il soumis à l’acceptation d’une dénomination menteuse, en adoptant le nom de Doyenné gris, pour une poire qui n’est pas grise? pour une poire qui est entièrement rousse? s’il eût eu le courage de sa position, je n’aurais plus trouvé de Doyenné gris nulle part, et ni l’occasion d’apostropher personne.

L’arbre qui porte le Doyenné roux se distingue à peine de celui qui porte le Doyenné ordinaire; il paraît un peu plus vigoureux, et ses feuilles semblent un peu plus grandes; mais je ne lui trouve aucun des caractères nombreux et tranchans que lui attribue Duhamel, et que quelques jardiniers se sont efforces en vain de me faire apercevoir.

Ses boutons sont de moyenne grosseur, ovales ou un peu allongés, bruns, légèrement pentagones.

Sa fleur est petite, un peu rose, large de 26 millimètres; ses pétales sont étroits, distans, concaves; les étamines sont courtes, divergentes après la fécondation, et les styles sont un peu velus à la base.

Le fruit ne ressemble au Doyenné ordinaire que par la forme et la grosseur; comme ce

dernier, on le trouve ou presque rond, ou un peu allongé; mais il en diffère par sa couleur qui est constamment rousse, par l’époque de sa maturité qui arrive de huit à quinze jours plus tard , et surtout par sa qualité supérieure.

Sa chair est blanche, fine, fondante, ne devient pas pâteuse comme celle du Doyenné ordinaire.

Son eau n’est pas plus abondante que dans le Doyenné ordinaire, mais elle est légèrement musquée et beaucoup plus agréable.

« Cette poire, dit Duhamel, mûrit au commencement de novembre (même dès la mi- « octobrej, ordinairement près d’un mois après l’autre Doyenné qui lui est bien inférieur « en bonté. Je ne l’avais d’abord regardé que comme le Messire-jean gris à l’égard du Mes- « sire-jean doré, ou le Beurré gris à l’égard des autres Beurrés, et j’avais cru que ces dif- « férences d’avec le Doyenné jaune ne provenaient que de la nature du terrain, du sujet ou «de la culture; mais ayant observé aux Chartreux, et dans plusieurs autres jardins, qu’il « varie constamment par la grosseur, le temps de la maturité et les qualités, et qu’il y a « des différences assez notables entre le bourgeon, le bouton et la feuille de l’arbre et les « mêmes parties du poirier de Doyenné jaune, le poirier du Doyenné gris doit passer pour « une variété très décidée de celui du Doyenné jaune, avec lequel il n’a presque rien de « commun que la forme du fruit. »

Je n’admets pas cette description à la lettre. Du temps de l’empire, il existait à Versailles un arbre sur lequel on avait greffé le Doyenné ordinaire, blanc ou jaune comme on voudra l’appeler, et le Doyenné roux; et il était très difficile de trouver des différences entre les bourgeons, les boutons et les feuilles de l’un et de l’autre. Quant à dire que le Doyenné ordinale est bien inférieur en bonté , je pense que Duhamel a mal exprimé sa pensée : le Doyenné ordinaire est certainement un excellent fruit pris à point , et ce point ne dure guère que trois jours; avant sa maturité, il est cassant et sans saveur; après il est cotonneux et sans eau, mais pris à point, c’est certainement un fruit très fin. Eh bien, le Doyenné roux est encore meilleur, mûrit plus tard , et ne passe pas aussi vite.

POIRE DUCHESSE D’ANGOl LÊME.

Pyrus ineulismemis. Poit. et Turp.

ORIGINE de cette Poire a été expliquée diversement; mais voici sa véritable histoire. Elle est le produit d’un sauvageon qui s’est développé sur les terres d’une ferme dite Eparonnais, commune de Ghéré (Anjou). Cet arbre a fructifié pour la première fois en 1808. Le propriétaire en envoya de suite des greffes à M. Aubusson, pépiniériste, aujourd’hui jardinier de l’Ecole d’arbres fruitiers de la Société d’horticulture d’Angers. M. Aubusson l’a multipliée et vendue pendant huit années sous le nom de Poire des Eparonnais. En 1819 et 1820 il en a envoyé des paniers à madame la duchesse d’Angoulême, en lui demandant la permission de la lui faire porter son nom. La princesse lui a accordé sa demande, et depuis 1820, cette Poire n’a plus porté d’autre nom que celui de Duchesse d’Angoulême.

L’arbre cpii produit ce fruit est droit, d’un beau port; ses rameaux s’ouvrent à 45 degrés, et il forme une belle quenouille.

Ses bourgeons s’érigent tous verticalement; ils sont assez géniculés, vert cendré, munis de lenticelles roussâtres, très variables de forme et de grosseur; les yeux sont divergens, larges à la base, aigus et très bruns.

Les feuilles sont d’un beau vert, un peu luisantes en dessus, jaunâtres en dessous, variables en forme et en grandeur, les unes étant ovales, arrondies à la base, et les autres rétrécies également aux deux bouts; toutes sont légèrement dentées.

Le bouton à fruit est petit, oblong, pointu, roux et un peu velu.

Il donne naissance à 8 ou 12 fleurs ouvertes en soucoupe, d’un beau blanc, larges de 3 1/2 cent. ( 1 5 lig.), à pétales distans; les anthères sont grosses, légèrement violacées; les styles sont très glabres, et le fond du calice paraît un peu visqueux.

Quoique les fleurs soient nombreuses sur chaque bouquet, il ne s’y noue ordinairement qu un seul fruit. Dans le commencement de sa culture, ce fruit n’avait ni la forme ni la grosseur qu’il a aujourd’hui; mais peu-à-peu,il s’est renflé vers la queue, son volume a considérablement augmenté, sa surface s’est bosselée, canelée, et sa queue s est trouvée enfoncée. Le dessin ci-joint représente un fruit de moyenne grosseur.

La peau passe du vert pâle au jaune clair dans la maturité, munie de gros points roux, qui quelquefois passent au rouge du côté du soleil; l’oeil est petit, peu enfoncé,

La chair est blanche, grenue, fondante.

L’eau est abondante, sucrée et parfumée.

Les loges sont longues, étroites, et contiennent des pépins allongés en pointes jaunes à l’extrémité.

Cette belle et grosse Poire mûrit de septembre à novembre et répand alors une odeur agréable. Elle ne pourrit ni ne blettit aisément, mais quand le meilleur point de maturité est passé, la chair devient pâteuse, l’eau se perd, et elle n’a plus de mérite. Dans les terrains secs, elle a beaucoup de parfum, et répond parfaitement à sa grande réputation.

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