PRUNE-PÉCHE
Prunus mirabilis. Poit. et Turp.
EUX qualités conduisent à la célébrité plus promptement et la maintiennent plus long-temps que les autres; ce sont la beauté et le véritable
mérite; ces deux qualités n’ont pas besoin d’aïeux, comme tant d'autres,
= pour se faire valoir; elles se recommandent assez d’elles-mêmes; mais la nature, toujours avare de ses dons les plus précieux, les accorde rarement toutes deux au même individu, quoique la flatterie dise souvent le contraire.
La Prune qui m'occupe était inconnue ou n’était pas née dans le siècle précédent, ou du moins je ne puis la reconnaître dans les livres écrits avant l’acceptation des idées qui font aujourd’hui la base du gouvernement français. L'année 1800 était sonnée quand cette Prune à paru à la pépinière du Luxembourg, où de suite elle a été saluée du titre 4 plus belle. Admirez, cher lecteur, la politesse, l'équité et le savoir-vivre du peuple végétal! Toutes les Prunes étaient présentes, parées de leur robe azurée, rouge, bleue, blanche ou jaune, fleurie et parfumée, et aucune d'elles n’a montré la moindre jalousie, le plus petit dédain; aucun cancan, aucune critique n’ont été entendus; elles ne savaient d'où leur arrivait cette nouvelle compagne, elles ne savaient rien sur sa famille, sur les circonstances de sa naissance, et cependant elles lui ont ouvert leurs rangs et l'ont placée à la tête des plus belles. Ma foi, je crois que les philosophes ont quelquefois raison, de nous envoyer prendre des leçons chez... les peuples qui se vantent moins que nous.
Après cette réception, les hommes sont venus aussi rendre hommage à la plus belle, et à la suite des complimens d'usage, ils se sont, malicieusement ou par curiosité, informés de son mérite; ils l'ont examinée, scrutée, analysée jusque dans ses parties les plus secrètes, et, chose peu courtoise, ils ont dit, à qui voulut les entendre, que cette beauté ne possédait pas les qualités qui constituent un mérite transcendant. Bientôt la renommée qui, avec ses cent bouches, proclame et grandit le bien et le mal, a fait graver sur les tables de l’'histoire que cette Prune charmerait toujours l'œil par sa beauté; mais que sa saveur n'obtiendrait jamais le titre d'excellente chez les palais délicats.
Que faire après un tel arrêt? Arrêt qui a force de loi depuis trente ans; arrêt qui arrête la multiplication de cette belle Prune, arrête le desir de se la procurer, de la cultiver ? Je me suis bien constitué en cour de cassation; j'ai bien fait mon possible pour
trouver dans cette beauté les qualités qu'on lui refuse; mais tous mes efforts ont été vains
et ma conscience m'oblige à confirmer le premier jugement: voici donc la vérité en peu de mots.
La grosseur de cette Prune, s’äpprochant de celle d’une Pêche, on a cru devoir la désigner sous le nom de Prune-Pêche.
L'arbre qui la produit est d'une végétation vigoureuse quoiqu'il ne s'élève pas à une grande hauteur. Sa vigueur est telle que son écorce se fend quelquefois et que son tronc et ses grosses branches perdent leur forme cylindrique; d’ailleurs il a un beau port et se soumet docilement aux diverses formes qu'on veut lui faire prendre par la taille. Ses bourgeons sont gros et courts, et leurs yeux, conséquemment très rapprochés, divergent de l'axe du bourgeon qui les porte. Quant aux feuilles, elles sont grandes, nombreuses, d'un beau vert, sensiblement rétrécies vers la base, portées sur de courts pétioles munis de deux à quatre glandes rousses vers l'origine de la feuille. Les fleurs n'offrent pas de caractère saillant.
Le fruit est la plus belle Prune connue, et l’une des plus grosses; sa forme est presque ronde, haute de deux pouces sur presque autant en diamètre, divisée d'un côté par un large sillon qui lui forme deux lobes sensibles, et ce sillon se termine au sommet en un enfoncement dans lequel est une petite cicatrice causée par la chute du style.
Sa peau est fine, passe du vert au rouge assez foncé dans la maturité, se détache aisément de la chair, et se couvre d’une fleur blanche azurée.
La chair est jaunâtre, d’un tissu grossier , et laisse beaucoup de marc dans la bouche.
Son eau est abondante et douce.
Il est bien à regretter que cette superbe Prune n'ait pas la chair fine, fondante, et que je sois forcé de convenir qu’elle est du nombre de celles qui ne paraissent sur les tables que pour le plaisir des yeux; on conçoit dès-lors pourquoi elle est rare aux envi-
rons de Paris, et qu'on ne la trouve guère que chez les curieux. Sa maturité arrive du
15 au 30 juillet. | |
CPE
De Llnprénerée-de Langlois Pouqueé Soul.