PRUNE DE JÉRUSALEM
Prunus Hierochontiea. Poit. et Turp.
& € E ne crois pas du tout, et j'invite le lecteur à ne pas croire, que cette Prune nous
nom d’un pays étranger, à une production de notre sol, afin de lui donner de
fi | vienne de Jérusalem. C’est assez l’usage en culture d'imposer un nom sonore, le | l'importance, une plus grande valeur vénale, et tout cela dans l'intérêt de l'in-
| | venteur.
Selon Merlet, qui écrivait en 1680, la Prune de Jérusalem était aussi connue 2]| deson temps sous les noms moins ambitieux de Prune de Bordeaux, OEil de bœuf. La Quintinye ne parle pas de cette Prune Duhamel gardele mêmesilence, et peut- | être ne l’aurais-je jamais connue si, en 1809, le ministre de l'intérieur, comte Chap- | | tal, n’eût fait établir à Paris, dans l’enclos des Chartreux, une pépinière nationale | } d'arbres fruitiers où l’on a rassemblé le plus grand nombre de fruits possible. ; Cette pépinière, dite du Luxembourg, créée dans un but d'utilité publique, a été dirigée de manière qu'elle n’a jamais répondu au vœu de son institution, ce qui, après une existence de 19 années, à causé sa suppression. Quoique, en effet, cette pépinière n'ait pas répondu aux intentions de son fondateur, les amis des progrès ont vu sa suppression avec beaucoup de regrets, et ont pensé qu'il aurait mieux valu réformer le directeur et la direction que la pépinière qui, bien administrée, était faite pour répandre une grande lumière sur les arbres fruitiers et leur culture.
C'est donc de la pépinière du Luxembourg que la Prune de Jérusalem est passée au Jardin des Plantes et dans d’autres établissemens. L'arbre qui la produit est vigoureux, diffus, irrégulier dans son port naturel, et assez difficile à ramener à une forme symétrique par la taille. D'un autre côté, il est assez fertile.
Ses jeunes bourgeons sont pubescens, cendrés dans l'ombre et rougeâtres au soleil. Il est bon de remarquer ici que quand les jeunes bourgeons d’un Prunier sont pubescens, le dessous de ses feuilles, les queues de ces fleurs et de ses fruits le sont aussi. Cette remarque pourrait servir à diviser tous les Pruniers en deux grandes sections, les 2labres et les pubescens.
Les feuilles sont grandes, planes, ovales et obovales, étoffées, d'un vert pré non luisant en dessus, et ayant la nervure médiane d’un blanc remarquable en dessous; leur bord est garni de larges dentelures arrondies, et, ce qui a été oublié dans la figure ci-
jointe, ses feuilles offrent presque toutes à leur base deux glandes rondes, cupulées et verdâtres. | L
Les fleurs sont petites, d’un blanc jaunâtre, surtout en dehors, et leurs pétales sont assez étroits pour ne pas se toucher entre eux.
Le fruit est une des plus belles Prunes connues, gros, de forme ovale arrondi; sa peau, qui se détache aisément de la chair, est d’un rouge brun dans l'ombre, bleue du côté du soleil, et recouverte partout d’une poudre azurée magnifique. La chair est d’un jaune verdâtre, fondante quoique d’un grain assez gros, assaisonnée d’une eau abondante, relevée et sucrée; elle tient au noyau de toute part, ce qui est signalé par les écrivains pomologistes comme un défaut qui ne peut être compensé que par une qualité exquise, telle que celle de la Reïne-Claude où la chair tient également au noyau.
Cette grosse et très belle Prune mürit successivement de la fin d'août au 15 septembre.
Si, parmi les fruits, la beauté seule constituait un véritable mérite, la Prune de Jérusalem en aurait un très grand; mais sa chair, que les gens grossiers appellent grossière, me force à ne lui accorder qu'une place inférieure dans la catégorie des qualités. Si La Quintinye l'eût connue, il aurait dit, avec l’assurance que lui donnait sa position, qu’elle est digne de paraître sur les tables somptueuses, et d'en être retirée comme elle y était allée.
Enfin, puisqu'il n’est pas probable que les personnes d’un goût délicat trouvent jamais la Prune de Jérusalem propre à être mangée crue, je dirai que tout en elle semble indi-
quer qu'elle ferait de bons pruneaux.
PACEA à EE pe
Di 74 De llmpronerie de Langlous. À Legrand seu
PRUNE LA GALISSONNIERE.
Prunus hiemalis. Michaux.
1 N 1750, le roi Louis XV envoya M. de 1a Galhissonnière au Canada j pour régler les limites de nos possessions avec celles des Anglais dans 4 cette partie de l'Amérique, et c'est à ses connaissances en botanique et à son amour pour la prospérité de son pays, que la France doit la plut part des beaux arbres de l'Amérique que nous voyons dans plusieurs 220 de nos pares et jardins; notamment dans les possessions de Duhamel à Denainvilliers, au Monceau et à Vrigny, dans lesquels ont été semés de nombreux envois de graines faits par la Galissonnière. Parmi ces envois se sont trouvés des noyaux de prunier qu'on à semés au jardin du Roi, à Paris, dans l’enclos où l’on faisait alors les couches et qui aujourd'hui est converti en pépinière.
Les arbres qui en provinrent fleurirent et fructifièrent huit ou dix ans après, et l'on connut qu'ils constituaient une nouvelle espèce. On la multiplia de greffes et de graines, on la répandit dans les jardins, et plusieurs pépinéristes la vendirent et la vendent peut-être encore sous les noms de Prunier d'Amérique, du Canada, et à feuilles de pêcher. Cependant elle est restée ignorée ou négligée des botanistes pendant cinquante ans, jusqu à ce qu'enfin, Michaux père, l'ayant retrouvée, en Virginie, en Caroline et au Canada, l’a inséré, sous le nom dePrunus hiemalis, dans la Flora Boreali- Americana, rédigée par Richard, et publiée en 1803. (1)
Le Prunier la Galissonniére est un arbre qui ne s'élève pas plus que nos plus petits pruniers; il est assez touffu dans sa jeunesse, mais peu garni quand il est grand. Qu'il soit multiplié de graines ou par la greffe, il a toujours quelques longues épines stmples très dures et acérées. Ses bourgeons sont rougeâtres, tiquetés de points cendrés, saillans.
Les feuilles sont ovales, longues de 9 à 12 centimètres (3 à 4 pouces), terminées en
(x) C’est de la bouche du professeur André Thouin que je tiens ces détails sur la Galissonnière, et sur l'introduction de cet arbre au Jardin des Plantes. Quant à la phrase dela Flore de Michaux, elle est nécessairement fautive. J'ai vu et consulté les échantillons qui ont servi à la faire , et je me suis assuré que ceux en fleurs appartenaient bien au Prunier de la Galissonnière, et que ceux en fruit appartenaient à une autre espèce dont le fruit était rond , noir, et (disait la note de Michaux) acerbe et se mangeait en hiver, d'où l'épithète Aiemalis, donné mal-à-propos par Richard à notre espèce, dont le fruit mürit et se mange en août.