AMANDIER-PÉCHER
Amygdalus hybride. boit. et Turp.
Otez la jalousie et les autres chagrins ,
On aime chez les fleurs comme chez les humains.
à E bon et candide Castel ne se doutait pas, en écrivant ces vers, que l’un de
ASS ses plus grands admirateurs et de ses plus sincères amis protesterait contre
la douce comparaison qu'ils renferment. Cet ami ne croit plus aux amours
CZ des fleurs depuis qu’il s’est élevé dans les plus hautes régions de la science ; il a cru découvrir que la génération des plantes s'effectue par un moyen plus simple que celui de la copulation des sexes, que d’ailleurs il refuse aux plantes.
Quant à moi, je serais bien fâché pour la poésie que ce savant, qui est aussi mon ami, eût raison. La science qui désenchante, qui dessèche le cœur et réduit à zéro le merveilleux et le mystérieux, n'est point du tout aimable: le monde à besoin de sensations, de tendres inspirations , de doute, d'espérance; et quand la science aura tout expliqué, détruit toutes les illusions, fermé la porte aux plus douces erreurs, que deviendrons-nous? ....... Si jamais je deviens poète ou gouvernement, j'en dirai deux mots.
En attendant, je dois constater ici que de nombreuses expériences, qu’une infinité de faits remarquables, autorisent suffisamment l’opinion généralement admise que les fleurs contiennent des organes mâles et des organes femelles, et qu’il s'échappe de l'organe male quelque chose de très subtil qui féconde l'organe femelle. Mais, comment s'opère cette fécondation ? Elle a été si diversement expliquée jusqu'aujourd’hui, qu'il est clair qu'on n’en sait rien. Les poètes y ont vu des amours, des embrassemens, des plaisirs encore plus délicieux que chez les humains; les naturalistes y ont vu un acte simplement matériel, l’accomplissement d’une loi imposée à l’organisation végétale, sans que la fleur sen doute, sans qu’elle en ait la conscience, et sans qu’elle sache ce qu'elle fait en l'accomplissant. La doctrine des naturalistes d'aujourd'hui est vraiment désolante, et il y a de quoi regretter de n’avoir pas vécu au temps de Théophraste et des Dryades.
Mais à part les naturalistes et l'aridité de leur terrain où aucune semence du cœur ne peut germer , les amours des fleurs sont admises comme chose certaine par tous ceux dont l'âme peut s'élever jusque dans la contemplation des harmonies de l'univers, et qui admirent ce qui
paraît admirable sans se croire obligés de le comprendre.
Au reste, les naturalistes du xix° siècle ne sont pas tout-à-fait ce qu'on veut bien les croire. Le vulgaire s'imagine qu'ils sont toujours par vaux et par monts, épiant les secrets de la nature, la prenant sur le fait, la suivant dans sa marche. Eh bien! point du tout, ils sont dans leur cabinet, au milieu de squelettes, bâtissant et détruisant des systèmes ; on ne les voit Jamais dans nos jardins où la nature tient son laboratoire, où la matière végétale s'anime, accomplit ses innombrables évolutions, ses métamorphoses sous la direction d’une sagesse infinie et sous la main puissante du temps.
C'est en effet dans les jardins que les amours des fleurs ont du être aperçus la première fois. Les premiers observateurs virent ces amours très chastes, et crurent que les époux étaient assez fidèles pour ne jamais connaître d'autre couche que le lit conjugal. J'aime à croire qu'il en était ainsi dans le commencement; mais, soit que les fleurs aient un peu de notre penchant, soit plutôt par notre mauvais exemple, il est arrivé un temps (et ce temps dure encore) où certaines fleurs mâles ont quitté le lit nuptial pour aller caresser une fleur femelle dans un autre lit. Mais ne vous effarouchez pas, cher lecteur, cela n’a jamais dégénéré en libertinage. Les fleurs suivent rigoureusement la loi des Incas et n’épousent jamais que leur plus proche parent. Une fleur mâle est reçue dans le lit de sa sœur, de sa cousine, mais jamais dans celui d’une étrangère.
Je tenais beaucoup à rétablir la réputation des fleurs, et à prouver qu'elles ne se sont jamais livrées au scandale dont certains chroniqueurs les accusent.
A présent, il ne me reste plus qu'à prouver que les fleurs suivent la loi des Incas, et cela ne me sera pas diffcile.
Tout le monde convient que l’Amandier est le plus proche parent de la Pêche. Une fleur mâle d'Amandier ne déroge donc pas à la loi, en s'introduisant dans le lit d'une jeune Pêche, et le résultat de leur cohabitation doit être un arbre qui participe de l'Amandier et du Pécher. Or, l'Amande-Pêche figurée ci-contre prouve sans réplique qu'elle est le fruit d’un mariage entre une fleur d'Amandier et une fleur de Pêcher. Les feuilles qui laccompagnent tiennent le milieu entre celles de l'Amandier et celles du Pêcher; sa fleur est presque aussi rouge que celle du Pêcher. Dansles années favorables, la chair du fruit prend de l'épaisseur, devient succulente, mangeable, perd tout-à-fait la sécheresse du brou de l'Amande, sans pouvoir cependant acquérir toutes les qualités de la Pêche. Le noyau participe de la forme de celui de son père et de celui de sa mère; l'amande qu'il contient, quoique reconnue douce conserve néanmoins une légère amertume de l'amande de la Pêche.
Il résulte de cette explication que l'Amandier-Pêcher est bien nommé; qu'on ne peut douter qu'il ne soit le produit d'un mariage entre une fleur d'Amandier et une fleur de Pècher, et qu'il est une des plus fortes preuves de l'existence des sexes dans les plantes.
Si le fruit de l'Amandier-Pêcher mürissait bien tous les ans, on pourrait le cultiver pour le manger, mais il mürit trop rarement à Paris pour qu'on le destine à cet usage. L'arbre est considéré comme d'agrément, comme curieux, et ne se trouve guère que dans les
écoles et chez les amateurs.
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