GENRE ABRICOTIER
Armeniaea. Tournefort,
OUS les naturalistes s'accordent pour placer le type de l'Abricotier en
Perse et en Arménie. Tournefort l'ayant trouvé croissant abondamment et
sans culture dans ce dernier pays, en a fait un genre sous le nom d'A ® meniaca , que Linné n'a pas cru devoir conserver, mais que Jussieu a rétabli. &g& Je n'opposerai rien aux naturalistes qui placent le type des Abricotiers en
$ Perse où en Arménie, mais je dirai qu'il y a une quinzaine d'années que nous ? avons reçu du Népaul un Abricotier dont les fruits sont moins gros qu'une noisette, et si acerbes qu’on ne peut les manger, et que selon la manière dontles naturalistes procèdent dans la recherche des origines, celui-ci devrait plutôt passer pour le type des Abricotiers que tout ce que nous avons reçu dela Perse. Au reste le Népaul produit des espèces sauvages de presque tous nos genres d'arbres fruitiers, ce qui par la suite pourra bien déterminer les naturalistes à reporter au Népaul plusieurs origines qu'ils placent dans d’autres régions de l'Asie. Quant aux noms Æbricot en français, Æbricose en allemand, 4pricot en anglais, ils sont tous dérivés de l'arabe Bargog. Les Portugais disent encore Ælbarcoque.
Les naturalistes s'accordent aussi à reconnaître que c'est aux Romains que les Gaulois nos ancêtres ont dû l’Abricotier. C'était sans doute une variété déjà perfectionnée, perdue depuis long-temps, mais qui avant de périr avait produit d’autres variétés qui se sont renouvelées bien des fois avant que les premiers Français aient su les fixer par la greïfe. Nos pères nous en ont transmis quelques-unes par ce moyen, et de nouveaux semis nous en ont produit d’autres, de sorte qu'aujourd'hui on compte une vingtaine de variétés * d'Abricotiers dans nos cultures. Ce sont de petits et de moyens arbres, à suc gommeux,
à tête étalée, arrondie lorsqu'on les laisse croître en liberté, tandis que celui du Népaul affecte une forme pyramidale. Tous ont les feuilles alternes, pétiolées , stipulées , subcordiformes, acuminées et dentées. Leurs fleurs naissent par groupes et presque sessiles sur les pousses de l’année précédente, protégées avant leur épanouissement par un certain nombre d'écailles rougeâtres , ainsi que leur calice. Elles ont pour caractères génériques : 1° Un calice monophylle à tube court, campanulé, qui offre la singularité que sa paroi
externe et sa paroi interne sont libres ou détachées l’une de l’autre dans toute la hauteur
du tube, et ne se réunissent qu'à son orifice , où le limbe s'évase en cinq découpures ovales étalées ;
2° Cinq pétales arrondis, concaves , onguiculés , insérés à l’orifice du tube du calice;
3° Une vingtaine d’étamines insérées sur deux rangs, à l’orifice du tube du calice, divergentes, dont les filets sont plus courts que les pétales, et les anthères ovales, bilobées et biloculaires ;
4° Un ovaire libre, arrondi, uniloculaire , uniovulé, surmonté d’un style simple, terminé par un stigmate capité , échancré sur le côté;
5° Un fruit arrondi, pubescent , marqué d'un sillon longitudinal sur l’un de ses côtés , formé d’une chair succulente à l'extérieur, et au centre d’un noyau osseux, ovale, bivalve, qui contient, sous une mince pellicule attachée latéralement vers le sommet de la loge, une amande composée de deux grands cotylédons et d'une radicule dirigée vers le point d'attache.
Il résulte de ces caractères que le genre Abricotier appartient à la section des Fruits à noyaux, selon les Pomologistes, et à la classe des Rosacées , selon les Botanistes.
Quoique originaire des pays chauds, l’Abricotier supporte assez bien la rigueur de nos hivers ; mais il arrive souvent que ses fleurs sont moissonnées par les gelées tardives de nos printemps, et que les arbres ne retiennent que peu ou point de fruits. Cet inconvénient provient de ce que l’Abricotier ne le cède qu'à l'Amandier en précocité dans la floraison, et de ce que les printemps de Paris ne sont le plus souvent qu'une prolongation des incommodités de l'hiver. Dans les années favorables, l’'Abricotier porte beaucoup plus de fruits qu'il n’en peut nourrir; et quoique une partie tombe naturellement, il est, sinon indispensable, du moins avantageux d'en supprimer encore un grand nombre des moins beaux, lorsqu'ils sont parvenus au quart ou au tiers de leur grosseur. Tous les Abricots muürissent de juin en juillet, l'été seul influe sur leur qualité; si cette saison est sèche, les Abricots restent petits, durs, secs et coriaces; si elle est pluvieuse, ils sont sans saveur et pourrissent sur l'arbre.
Dans les années favorables nous trouvons nos Abricots fort bons, mais ils sont encore loin de valoir ceux des nos départemens méridionaux, et ceux-ci sont à leur tour loin de valoir ceux de la Perse, qui, selon l'expression d’un voyageur, semblent des boules de nuel parfumé.
Toutes nos variétés d’Abricot se distinguent par leur forme, leur grosseur , leur plus ou moins grande précocité; par les modifications de leur saveur, de leur couleur ; par celles de leur noyau; et enfin par leur amande, qui est douce dans les unes et amère dans les autres. Toutes seraient meilleures si notre climat permettait que tous les Abricotiers fussent élevés en tige à l'air libre et abandonnés à eux-mêmes ; mais nous sommes forcés d’en tailler une partie, de les protéger par des abris, des murs ou des bâtimens pour sauver leurs fruits des intempéries des saisons. Enfin, de toutes les récoltes de fruits, celle des Abricots est la plus précaire sous le climat de Paris.
Rarement les variétés d’Abricots se reproduisent identiquement par semis ; c’est au moyen
dela greffe qu’on les perpétue. On ne sème donc guère denoyaux d’Abricot que pour tâcher d'en obtenir une nouvelle et bonne variété, ou pour se procurer des sujets propres à recevoir la greffe des bonnes variétés existantes. Pour qu’un noyau d'Abricot réussisse, 1l faut le semer aussitôt que le fruit est mangé ou au plus tard avant l'hiver suivant; mais pour éviter les dangers auxquels il serait exposé pendant l'hiver, l'usage est de rassembler une certaine quantité de noyaux, et vers la fin de l'automne on les stratifie, c’est-à-dire, que l’on prend un vase, dans le fond duquel on met un. lit de sable lésèrement humide, puis un lit de noyaux, puis un autre lit du même sable, puis-un second lit de noyaux et ainsi de suite , et on le dépose dans une cave ou un cellier à l'abri des rats et des souris. La germination s'effectue tout doucement pendant l'hiver, et à la fin demars ou enavril, on retire avec précaution le jeune plant, et on le plante au lieu qui lui est destiné. Si, en faisant cette plantation , on est dans l'intention de laisser le jeune plant en place, on lui conservera soigneusement la racine dans toute son intégrité, afin que l'arbre qui en proviendra puisse pivoter et s'établir solidement; si au contraire on projette de lever le plant à un certain âge pour le transplanter ailleurs, on lui supprimera le bout inférieur de la racine pour la forcer à se ramifier , l'empêcher de pivoter, rendre la levée plus facile, et la réussite de la transplantation plus certaine. De tels Abricotiers s'appellent francs.
On a cru remarquer que le suc gommeux des arbres à fruit à noyau nuisait assez souvent à la reprise de la greffe en fente, lorsqu'on l’exécutait sur ces arbres; c'est pourquoi on préfère les greffer en écusson à œil dormant. Les variétés d’Abricot se greffent sur Abricotier franc, sur Amandier, et surtout sur Prunier provenu de noyau; les Pruniers, formés de drageons, ayant l'inconvénient de pulluler du pied et d'être de courte durée, doivent être rejetés. Duhamel préfère de beaucoup l’Abricotier franc à tous les autres sujets pour recevoir la greffe des bonnes variétés d'Abricot; mais l'impatience des pépiniéristes trouve qu'il croît trop lentement, et ils greffent plus sur Prunier que sur Abricotier, quoiqu'il soit recu, que l’écusson d’Abricotier sur Prunier est sujet à être détaché par les vents. Depuis peu d'années on préconise le Prunier Myrobolan comme le meilleur sujet pour la greffe des Abricotiers et des Pêchers. Des exemples que j'ai vus en Belgique me semblent favorables à cette opinion.
Quant à la culture des Abricotiers, elle est assez simple; ils préfèrent une terre légère à une terre forte; si la terre a peu de profondeur, il faudra choisir des Abricotiers greffés sur Prunier; si elle est bonne jusqu’à la profondeur de trois ou quatre pieds, on y plantera des Abricotiers greffés sur Amandier. Dans les champs on plante des Abricotiers à haute tige et on les laisse croître en liberté pendant une dizaine d'années, après quoi il devient nécessaire de les nettoyer, et souvent de rabattre leurs branches pour en obtenir de nouvelles plus fructifères; dans les jardins on en plante à basse tige que l’on maintient à une petite hauteur, sous forme de vase ou de quenouille, mais toujours très imparfaitement, parce que cet arbre est le plus rebelle à la taille. On en place aussi le long des murs et que l’on dirige en espalier
pour protéger la fleur et favoriser la maturité des fruits.
L’Abricot, celui surtout qui est greffé sur un bon sujet en bon fonds , croît très vite, et quand le printemps ne le contrarie pas, il fructifie trop abondamment chaque année, parce que ses boutons à fleurs sont toujours très nombreux. |
Le bois de l'Abricotier est d’un gris mêlé de rouge et de jaune, il est moins estimé des tourneurs que celui du Prunier. |
L’Abricotier a un parfum sut generis très reconnaissable, qui se conserve dans les diverses préparations que l’on fait subir à ce fruit. Et comme 1l reste fort peu de temps en état d’être mangé cru, on en fait des compotes, des marmelades, des confitures , des pâtes sèches qui se conservent une année ; on le confit à l’eau-de-vie. Son noyau concassé entre dans le ratafia de noyau ; son amande donne de l'huile et un goût d'amande aux confitures.
Dans l'Orient on sèche l’Abricot comme les figues, et il est l’objet d’une grande consommation.