GENRE PRUNIER
Pyunus.ïLinn.
N ne croit plus, depuis que la culture éclaire la Botanique, ou du / moins on n’ose plus dire que toutes nos Prunes cultivées sont sor-
ties du Prunellier sauvage. Cette ancienne idée s’affaiblit journellement
autant par le raisonnement que par les découvertes successives de
Pruniers croissant naturellement dans diverses régions de l’ancien
1@ < et du nouveau-monde. Parmi les espèces qui croissent spontanément en Europe, en Asie et en Amérique, quelques-unes portent des fruits mangeables, mais aucune n’en produit de bons et encore moins d’excellens. C’est au temps, à la culture et à l'industrie de l’homme que nous devons les bonnes Prunes actuellement cultivées dans les jardins. Il s’en faut de beaucoup que toutes soient très méritantes, mais le goût de la variété, la curiosité y en font admettre un assez grand nombre. Cest ainsi qu'en 1831, la société horticulturale de Londres en comptait 274 espèces et variétés dans son jardin. En France les catalogues les plus complets n’en relatent guère qu'une soixantaine; et c’est beaucoup quand on considère le peu de qualité de plusieurs.
Les différens Pruniers se distinguent beaucoup entre eux, par la grandeur et l'aspect. Ils ont les feuilles simples, alternes, ovales ou oblongues, pétiolées, dentées et stipulées; leurs fleurs sont blanches, latérales, pédonculées, solitaires, ou le plus souvent réunies deux ou trois ensemble, et offrent pour caractères génériques
1° Un calice monophylle à tube ovale, ayant sa paroi intérieure glanduleuse, divisé supérieurement en cinq lobes oblongs étalés.
2° Cinq pétales oblongs ou arrondis, plus ou moins onguiculés, étalés en rosette, insérés à l'orifice du calice et alternes avec ses divisions.
3° Une vingtaine d’étamines insérées également à l’orifice du calice; elles ont le filet de la longueur des pétales, l’anthère ovale, bilobée et biloculaire.
4° Un ovaire libre, uniloculaire, ovale, surmonté d’un style tors de la hauteur des éta-
mines, et terminé par un stigmate élargi, aplati en dessus, échancré latéralement. L’ovaire contient deux ovules dans sa loge.
5° Un fruit (drupe) arrondi, ovale ou oblong, nu à l'extérieur, charnu , contenant au
centre un noyau osseux qui renferme, sous une mince tunique , une amande ( embryon ) à deux lobes et à radicule supérieure.
Ce fruit, appelé Prune, varie beaucoup selon les espèces, non-seulement en forme, comme il vient d'être dit, mais aussi en couleur ; il y en a de blanchätres, de verts, de jaunes, de rouges, de bleus, de violets et de noirs; la chair tantôt adhère au noyau, et tantôt s’en détache; elle est aussi ou blanchätre, ou verte, ou plus ou moins jaune; sa qualité, celle de son eau, d’où dépend son principal mérite, seront indiquées à la description de chaque espèce. |
Quoique les Pruniers diffèrent beaucoup entre eux, ils se rangent cependant tous dans la classe des petits et moyens arbres à têtes arrondies, et leur bois n'est guère employé que par les tourneurs, les menuisiers et les ébénistes. Quelques-uns se reproduisent presque identiquement de graine, mais la culture ne s’y fie pas, et l'usage est de multiplier toutes les bonnes variétés par la greffe en écusson ou en fente, sur quelques espèces à fruit inférieur , mais considérées comme de bons sujets pour recevoir la greffe; ces espèces sont la Cerisette, le gros et le petit Saint-Julien, le gros et le petit Damas noir. Ce n’est pas que d’autres Pruniers ne puissent être également de bons sujets, et probablement le temps viendra où les pépiniéristes en ajouteront quelques-uns aux cinq que je viens de nommer.
La plupart des Pruniers-sujets pullulent du pied, ou produisent des drageons sur leurs racines, et c'est un inconvénient en ce que l'arbre greffé en souffre; plus on supprime ces drageons incommodes , plus il en repousse de nouveaux , et si on les replante pour en former des sujets, ils pullulent encore davantage. Pour éviter cet inconvénient, les bons pépiniéristes ne greffent que sur des sujets provenus de graines, lesquelles drageonnent moins que les drageons mêmes. Or, pour obtenir ces sujets, il faut, dans la saison des Prunes, recueillir les noyaux de celles reconnues pour faire de bons sujets, les stratifier à l’automne (voir cette opération à l'article Abricotier); et au printemps les planter en pépinière, à deux pieds de distance entre eux , et là, les cultiver et les élever jusqu'à ce qu’ils soient de force à recevoir la greffe.
Le Prunier est essentiellement un arbre de plein vent, et se plante dans les champs, les vergers et les jardins. Il n’est pas difficile sur la nature de la terre, mais pour que son fruit soit bon, pour qu’il acquière toutes les qualités propres à son espèce, il lui faut absolument l'air libre et le soleil. Il n’y a pas de bonnes Prunes à espérer à l'ombre, ni quand l'arbre a le pied dans un sol humide. D'un autre côté, si la terre est légère et aride, la Prune n'atteint pas sa grosseur naturelle et manque d’eau. Quant aux soins du Prunier en plein vent, ils consistent à labourer la terre autour de son pied une fois par an, à supprimer les drageons s’il en pousse, à nettoyer sa tête de bois mort, à rabattre ses branches usées pour lui en faire repousser de nouvelles. Avec ces soins on peut obtenir des fruits pendant 15 à 25 ans et plus.
Dans les jardins d’une petite étendue, un Prunier en plein vent pourrait nuire par son ombrage, et si on voulait le tailler en pyramide, il ne s'y soumettrait pas facilement , et son
fruit n'aurait pas toutes les qualités requises quoique devenu plus gros. Il n’y a guère que
le Prunier de Mirabelle qui puisse être toléré en plein vent dans un petit jardin. Mais il y a quelques espèces dont le fruit gagne beaucoup en qualité à être cultivé en espalier ou contre-espalier dans toutes sortes de jardins. La Quintinye recommandait de mettre surtout les Perdrigons blane et violet en espalier ; moi j'ai la preuve que la Prune de Reine-Claude , qu'on laisse se rider sur son arbre en espalier , est dix fois meilleure que la meilleure Reine- Claude venue autrement. — Dans les cultures forcées, telles que celles que M. Massé fait pratiquer au potager du roi à Versailles, on plante des Pruniers en pot, on les place dans une serre-chaude en novembre ou décembre, et on en obtient des fruits trois ou quatre mois avant la saison ordinaire. Autrement encore, on place un châssis vitré au-devant d'un Prunier en espalier contre un mur, et au moyen de fumier chaud ou d’un poèle, on avance sa floraison et la maturité de ses fruits.
Les Prunes mürissent à l'air libre depuis la fin de juin jusqu'à la fin d'octobre; la première est la Prune Myrobolan, et la dernière la Prune de Saint-Martin. Entre ces deux-là il y en a une infinité d’autres dont les meilleures, les plus dignes d’être cultivées, seront successivement décrites et figurées dans cette Monographie.
La plupart des Prunes se mangent crues à leur parfait état de maturité: parmi celles-ci, il y en a aussi qui sont très bonnes préparées en confiture, marmelade, ou séchées en pruneaux, tandis que d’autres espèces ne sont recherchées que pour être converties en pruneaux. Brignoles, Agen, Tours sont les pays les plus renommés pour la fabrication des pruneaux, et chacun de ces pays emploie à cet objet, sa Prune de prédilection, celle qui croît le mieux et le plus abondamment dans le canton.
Les pruneaux d'Agen, encore peu connus à Paris, quoiqu'ils soient d'une qualité supérieure à tous les autres, se font avec la Prune de Cornemuse, appelée à Paris Prune d'Agen parce qu’elle croît naturellement ou s’est acclimatée aux environs de cette ville. La réputation de ses pruneaux ayant pénétré jusque dans le nord de la France, on plante depuis une quinzaine d'années des Pruniers de Cornemuse aux environs de Paris et ailleurs, dans l'espérance qu'on en obtiendra d'aussi bons pruneaux qu'à Agen; mais c'est une espérance vaine; on ne peut pas apporter le ciel d'Agen à Paris, ni le sol de la Touraine, ni le climat de Brignoles. Certaine localité donne à certains fruits des qualités qu’ils ne peuvent obtenir dans aucune autre.
Les pruneaux de Tours ne se font pas à Tours, mais cette ville est l'entrepôt d'où le commerce les tire. La Prune la plus estimée pour les faire est la Sainte-Catherine , qui se cultive abondamment pour cet objet sur le territoire qui s'étend depuis Chinon jusqu'a Chatellerault.
Les pruneaux de Brignoles se font avec la Prune qui porte le nom de ce pays. Geuxci n’ont plus ni peau ni noyau, et leur préparation est plus minutieuse que celle des précédens.
Les pruneaux de Rouen se font avec la Prune d'Avoine, inconnue à Paris, et qui très probablement n’est pas une bonne Prune à manger crue.
Les pruneaux de Nancy se font avec la Prune Quetsche, qui nous est venue d'Alle-
magne où elle est très estimée pour cet usage. Jusqu'ici les personnes qui ont voulu en faire des pruneaux à Paris n’ont pas réussi. À la description de cette Prune on trouvera la manière de la convertir en pruneau à Nancy.
Tous ces pruneaux sont l’objet d’un assez grand commerce et se vendent toujours cher. On en fait aussi avec de petites Prunes communes, beaucoup moins bons, il est vrai, mais d’un prix très accessible. Parmi ces derniers ceux faits avec le Saint-Julien sont fort acides , et donnent, cuits dans l'eau, un jus purgatif dont on fait un fréquent usage en médecine.
Maintenant je dois dire un mot de l'usage des Prunes crues et des pruneaux. Dans cette partie, Je ne puis mieux faire que de suivre l'opinion du docteur Gautier, membre de la faculté de médecine de Paris.
Les bonnes espèces de Prunes cultivées, lorsqu'elles sont arrivées à leur maturité parfaite, non-seulement ne donnent pas la dysenterie, le dévoiement, la colique, et surtout la fièvre, comme on le croit à tort; mais loin de là, elles peuvent servir utilement, comme tous les fruits doux et sucrés, à prévenir ces maladies, ou à hâter la convalescence de ceux qui les ont éprouvées. En effet, toutes les propriétés des Prunes doivent rassurer; elles sont nourrissantes à un degré plus prononcé que les cerises et les fraises, parce que leur pulpe a plus de consistance; elles sont adoucissantes par leur mucilage sucré, rafraîchissantes par leur acide, et par tous leurs principes elles sont relâchantes et un peu laxatives. Il en résulte que dans beaucoup de maladies bilieuses, inflammatoires, d'irritation des organes de la digestion, des voies urinaires, de la gorge, etc., on pourrait donner pour boisson des décoctions de Prunes, qui seraient beaucoup plus agréables que les tisanes ordinaires faites avec des substances gommeuses, mucilagineuses, fades ou désagréables, et dont les effets ne sont pas plus certains.
Quant aux pruneaux, leurs propriétés ne sont pas moins remarquables; ils se servent au dessert; on les mange cuits ou crus; ils sont d’une grande ressource du régime des convalescens , d'autant plus avantageuse qu’on peut se la procurer en tout temps, et que leurs qualités les rendent propres à presque tous les cas. Ils forment un aliment léger, bien que nourrissant, et ils ont de plus l'avantage de tenir le ventre libre par leur propriété légèrement purgative.
J'ai cru devoir terminer cet article par l'exposé du sentiment d’un des plus habiles médecins de Paris, relativement aux Prunes, afin de diminuer ou détruire la crainte qu'ont encore plusieurs personnes de manger des Prunes , même les meilleures. Il en est de ce fruit comme de toute autre chose; c'est l'excès, le mauvais choix, et le mal-à-propos qu'il faut
éviter.