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COMÉDIE FRANÇAISE

en musique r.oprésentée en France.

PASTORALE

mise en inusique

par le sieur Cambert.

Représentée au village d'Issy près Paris, et au chasteau de Vincennes

devant Leurs Majestés en avril J6o().

PERSOXXAGES :

Alcidor .... Basse. '\

Philandre. . . Bas-Dessus. ; Bercer:;.

Tyrsis .... Taille. ] »

Sylvie Dessus. 1 *■

Diane id. ) Bergères.

Philis id. )

un Salyre. . . Taille-Basse.

«La décoration est un païsage avec un cabinet de verdure de chaque costé du théâtre.»

L'Orchestre se composait du quatuor des instruments à cordes^ tel qu'on le voit dans les deux actes qui nous restent de Cambert :

{".dessus de violon, en clé de soi T" lisne; 2'°' dessus de violon, en clé à\it l" ligne; Viole (alto) en clé d'ut 2'°" hgne; Basse, en clé de fa.

On n'indique pas d'instruments à vent, ceux-ci ne faisant généralement que doubler les parties du quatuor. Un seul endroit des Peines et Plaisirs de l'Amour, porte : violons et hautbois. Il y avait cependant d'autres instruments, car nous lisons dans Saint-Evremondj à propos de la Pastorale ou V Opéra d'Issy:

« Ce fut comme un essai d'opéra qui eut l'agrément de la nouveauté : mais ce qu'il eut de meilleur encore, c'est qu'on y entendit des concerts

de Flûtes, ce que l'on n'avait pas entendu sur aucun tln'àtre depuis les Grecs et les Romains. »

On conçoit sans peine que cette appréciation d'amateur n'est pas très exs.cie;\e Ballet de la Reine {\'6Sl) avait des /lûtes douces, instruments dont on se servait dans les ballets de la Cour, comme aussi bien des hautbois, des cornets, des cromhornes et des saquebutes. Cambert a dû utiliser la plupart de ces instruments.

D'après la lettre do Perrin, on pourrait se croire en face d'un chefd'œuvre; or, ce n'est pas tout à fait cela. Les situalimis ne sont pi)int d'un intérêt palpitant : un satyre vient se plaindre de n'ôtre pas aimé (l'horrible monstre!). Dans le 4'"° acte, ce satyre a un très joli rôle : Scène 1", le Satyre {caché).— Scène 2™% le Satyre {caché). — Scène T\ le Satyre (caché). . . après quoi il va se cacher dans une ca\erne et son rôle se termine ainsi.

Pour les autres personnages, ce sont les bergers Alcidor et Tyrsis, courant après leurs bergères Sylvie et Phiîis, qui les lutinent et qui finissent par les consoler. Il n'y a pas jusqu'à Diane, la chaste Diane, qui accepte le berger Philandre pour son serviteur. Et voilà toute l'intrigue des cinq acLos, qui n'ont chacun, il est vrai, qu'une ou deux scènes.

Si la muse de Cambert a pu s'inspirer de cela, elle y aura mis de la bonne volonté.

Une note indique que : « chaque acte s'ouvre et se ferme par une grande symphonie, et les entre-scènes sont distinguées dans les rencontres par des ritornelles de petites reprises de symphonies ». Voici le grand air du Satyre au 3'"° acte :

0 le sensible affront !

Cornes avoir, dans le siècle oii nous sommes,

C'est le destin des hommes,

C'est la commune loy

Do l'homme et de la beste :

Et ti'l on rit ([ui les a sur la teste

Bien plus grandes (jue nioy.

Quoi qu'il en soit de la valeur dramaliquo de la Pastorale de Perrin et Cambert, on pourra corroborer les louanges que l'auteur du poème se prodigue avec celles dont il est inondé par le gazetier Loret, qui de sa nature n'était pas méchant, quoiqu'il fût un méchant poète.

Des vers de gazette supportent volontii'rs la médiocrité, et la miize historique, telle quelle, est encore un renseignement précieux sur les événements de la cour et de la ville depuis IGoO jusqu'à I GG5,

Mme historique de Loret.

Lettre I8"'° du samedi 10 mai 1650.

J'allay, l'autre jour, dans I-sy, Villagep eu distant d'icy, Tour ûuyrclianter en musique, Une pastorale comique.

Que Monsieur le Duc de Beaufort, Étant présent écouta fort, Et pour le moins trois cents personnes, Ycomprizes plusieurs mignonnes.

Aimables en perfection, Les unes, de condition, Les autres, seulement bourgeoizes, Mais si belles et si courtoizes.

Qu'à peine voit-on dans les cours Desobjets si dignes-d'amours.

L'auteur de cette pastorale Est à son Altesse Royale, Monseigneur le duc d'Orléans, Et l'on l'estime fort céans :

C'est M. Perrin qu'il se nomme.

Très sage et sçavant gentilhom-mc, Et qui fait aussi bien des vers Qu'aucun autre de l'univers.

Cambert, maître par excellenco ' En la musicale science, A fait l'ut ré mi fa sol la, De cette rare pièce là, Dont les acteurs et les actrices Plairaient à des Impératrices :

Et surtout la Sarcamanan (1) Dont grosse et grande est la maman.

Fille d'agréable vizage, Qui fait fort bien son personnage, Qui ravit l'oreille et les yeux, Et dont le chant mélodieux,

Les deux sœurs &arcamanan jouaient dans cette pièce, comme on l'a déjà observé.

Où mille douceurs on découvre,

A charmé plusieurs fois le Louvre.

Enfin j'allay, je vis, j'ouys.

Et mesmement j'eus deux oranges

Des mains de deux vizibles anges.

Dont, à cauze qu'il faizoil chaud,

Je me rafraîchis comme il faut.

Puis l'action étant finie,

La noble et grande compagnie

Se promena dans le jardin

Qui, sans mentir, n'est pasgredin.

Mais aussi beau que le peut être

Le jardin d'un logis champêtre.

Dans la lettre 2]'"" , samedi 31 mai, en lit :

La Cour a passé dans Vinceine Cinq ou six jours de la semeinc, Château certainement royal.

Où Monseigneur le Cardinal, (Dont la gloire est partout vantée) L'a parfaitement bien traitée.

Leurs majestez, à tous momens, Y goùtoient des contentemens Par diverses réjouissances, Sçavoir des bals, balets et dancc:?^ A faire soldats exercer, A se promener et chasser.

Et voir mainte pièce comique Et la PASTORALE en muzique.

Qui donna grand contentement, Et finit agréablement Par quelques vers beaux et sincères.

Que lapins belle des bergères (I), Avec douceur et gravité.

Chanta devant sa Majesté, Qui la regardant au vizage.

Les écouta de grand courage.

Mlle do S.u'camanan l'ainéo.

Ce fut probnljleiiient à la suite du succès de la Pastorale que CamLert, déjà connu avantageusement comme claveciniste^ ol^tint la place d'organiste de l'église collégiale de Saint-Honoré (1).

C'est également à cette époque qu'on peut placer sa nomination de surintendant de la musique de la reine Anne d'Autriche, mère de Louis XIV.

Il était d'ailleurs l'élève du grand et célèbre claveciniste Chambonnières ; le maître a dû protéger l'élève, ainsi que le remarque mon ami Pougin, dans ses articles siw iQi vr^ns créateurs de Fopn'u français (2). La lettre de Perrin en tète de la Pastorale promet un nouvel opéra avec Cambert: A/7(?;?e. Divers événements empéchèrentlareprésenlationdecet ouvrage, d'abord la mort de Gaston d'Orléans en lOGU, puis celle du cardinal Mazarin en 1601 .

Kous parlerons (ï Ariane en temps et lieu.

C'est à la mort des protecteurs directs et puissants de Perrin et de Cambert qu'il faut attribuer, sans doute, le silence des deux auteurs, des deux novateurs, pendant plus de dix ans, du moins comme production théâtrale. Il n'existaitencorè riend'imprimédesœuvres de Cambert, et malgré le succès et la réclame toute naturelle de la Pastorale en rnu- *//y»i", ce n'est qu'en 1003 que Cambert parvient à convaincre Robert Ballard de mettre au jour Tune ou l'autre de ses œuvres.

Ballard commença par des airs h boire, genre de musique qui se débitait volontiers à cette époque.

Cette publication paraît fort rare, nous n'en connaissons que l'exemplaire incomplet de la bibliothèque Hichelieu (Basse et Basse-contre) le Dessus m'ànque. Quel dommage que ce soit justemeut la partie renfermant la mélodie qui fasse défaut !

Voici le titre exact de ce recueil :

Airs à boire, à deux et à trois parties de 31. Camijcrt, Maistre et compoiiteur de la rausique de la Pv^yne Mère et organiste en l'église collégialle de Saint-IIonnoré de Paris, à Paris.

Par Robert Ballard, seul intpriniciir du Roy pour la musique

IGGo, in-12obl.

(Il En se mariant en IGJô à la paroisse de Saint-Eustache, Cambert, dans l'acte cité par M. Jal, porte simplement le titre à.'Qrrj3.ninie: il n'était donc pas encore organiste de Saint-llonoré, l'acte le dirait, et de plus c'est à cette paroisse qu'il se serait sans doute marié dans ce cas.

(-) Voyczle .l/éncs/reMSTÔ et 1S7G, • ■ ■ ■-■

A Mun^ii'iir du Mesnil J)Io)it)nort,comciUcr du Uoij cnxa Cmtr du Par~ louent de l'aris.

« Monsieur,

Goinme depuis peu de jours l'on vous a dédié uu recueil des jilus beaux: airs qui ayent jamais esté mis en lumière, vous trouveriez peut-être estrange que j'osasse, presque en mesme temps, vous présenter ces airs à boire, si je ne vous faisois entendre, que voulant chercher une protection anpre/n/cr ouvrage quefai/ m/s au Jour, je n'ay pas cru en pouvoir trouver une meilleure que la vostre. Je vous ad voue, monsieur, que dans l'auguste ernploy dont vous vous acquittez si dignement, j'aurais mauvaise grâce de vous présenter un ouvrage de si peu de conséquence que des airs à boire, si je n'avois remarqué plusieurs fois, que vous preniez quelque sorte de satisfaction aies entendre chanter : jesçay, monsieur, (proutre les grandes lumières qui donnent cà votre esprit des connaissances si éclairées de toutes choses, vous avez l'oreille extrêmement délicate, et ({u'aiusi vous ne manquerez pas de trouver de grands dé^fauts dans ce petit ouvrage, mais si vous avez la bonté de les excuser, et de luy faire un bon accueil, je suis certain qu'il aggréera à tout le monde, si tost que l'on croira qu'il vous aura plù. Ne lui refusez donc pas (s'il vous plaist)votre protection, puis qu'il n'a autre but que de vous divertir, et moy autre dessein que de vous tesmoigner que je suis, monsieur, votre très hiurible et très obéissant serviteur, «

Cambert.

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