‹ PompéeChapitre 121 sur 203 · SOLDATS ROMAINS, SOLDATS ÉGYPTIENS · texte numérisé non relu

SOLDATS ROMAINS, SOLDATS ÉGYPTIENS

PTOLOMÉE

Seigneur, montez au trosne et commande/, icy.

CESAR

Connoissez-vous César, de luy parier? ainsi?

Que m'offriroit de pis la Fortune ennemie,

A moy qui tiens le trosne égal à l'infamie ?

Certes Rome, à ce coup, pourroil bien se vanter

D'avoir eu juste lieu3 de me persécuter,

Elle qui d'un mesme œil les donne et les dédaig

Qui ne voit rien aux Rois qu'elle aime ou qu'elle craigne,

Et qui verse en nos cœurs avec l'ame et le sang, 815

Et la haine du nom, et le mépris du rang4.

C'est ce que de Pompée il vous falloit apprendre ;

1. Osiris, dieu de la mvtho] - g ptienne, était le frère et répoux

b divinité solaire, comme [sis était une divinité lunaire.

Osiris' était le principe du bien; l'Egypte lui devait jes .loisel sa ,mh-

d'Isis ; c'était une divinil

Osiri^ était le principe du bien, ,

sation. Les Egyptiens l'adoraient sous la forme symbolique .la bœuf

2.S'l?e luy parler. Cette tournure fréquente chez Corneille et au xvne ècle, correspond ai i do des latins : Cf. dans le '

Apis.

siècle

Je mérite la mort, de mériter sa haine. (^ ^

ivoir lieu formant une locution verbale ne comporte pas ordinai- "rëoSfdans Cinna avait déjà parle de cette haine de Rome non

S'il en eust aimé FolTre, il eust sceu s'en défendre1.

Et le trosne et le Roy se seroient ennoblis

A soutenir la main qui les a rétablis. 820

Vous eussiez pu tomber, mais tout couvert de gloire^

Vostre chute eust valu la plus haute victoire,

Et. si vostre destin o'eust pu vous en sauver,

César eust pris plaisir à vous en relever.

Vous n'avez pu former une si noble envie 2 : 825

Mais quel droit aviez-vous sur cette illustre vie?

Que vous devoit son sang pour y tremper vos mains3,

Vous qui devez respect au moindre des Romains4?

Ay-je vaincu pour vous dans les champs de Pharsale 3

Et, par une victoire aux vaincus trop fatale, 830

Vous ay-je acquis sur eux. en ce dernier effort.

La puissance absolue et de vie et de mort?

Moy. qui u'ay jamais pu la souffrir à Pompée,

La souffriray-je en vous sur luy-mesme usurpée,

Et que6 de mon bonheur vous ayez abusé 835

Jusqu'à plus attenter7 que je n'aurois osé?

De quel nom, après tout, pensez-vous que je nomme

seulement pour le pouvoir royal, mais pour le nom de roi.

Cette haine des rois que depuis cinq cents ans Avec Je premier lait sucent tous ses enfants.

(II, 1 ) Cf. Racine {Bérénice II, 2) :

D'ailleurs, vous le savez, en hannissant ses rois, Rome, à ce nom si noble et si -aint autrefois. Attacha, pour jamais, une hai':e pu ssante-

1. Vers obscur : Si Ptolomée avait offert le trône d'Egypte non à César mais à Pompée, celui-ci l*eùt également refusé, m is il aurait vu du moins dans cette offre une preuve de la reconnaissince du roi.

2. Former une envie est une locution contestable, mais qui peut s'expliquer par analogie avec former un désir.

3. Po"r y tremper: la correction exigerait: pour que vous y trempiez. Mais le tour de Corneille, d'ailleurs, très clair, est bien plus vif et plus concis.

t. Xicomède dira de même, mais sûr un ton ironique:

Et ne sçavez-vous plus qu'il n'e-t Princes ny Rois

Qu elle [Rome] daigne égaler à ses moindres bourgeois.

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