‹ PompéeChapitre 129 sur 203 · ANTOINE · texte numérisé non relu

ANTOINE

Ouy, Seigneur, je l'ay veut"' : elle est incomparable1. Le Ciel n'a point encor par de si doux accords Uny tant de vertus aux grâces d'un beau corps : Une majesté douce épand2 sur son visage Dequoy s'assujettir le plus noble courage, Ses yeux sçavent ravir, son discours sçait charmer. Et si j'étois César je la voudrois aimer ;.

CESAR

Comment a-t'elle receu les offres de ma flame?

Comme n'osant la croire, et la croyant dans lame; Par un refus modeste et fait pour inviter4, 955

Elle s'en dit indigne, et la croit mériter.

CESAR

En pourray-je estre aimé ?

Douter qu'elle vous aime.

Elle qui de vous seul attend son diadème. Qui n'espère qu'en vous ! Douter de ses ardeurs. Vous qui pouvez la mettre au faiste des grandeurs5! 900

i. Ces deux vers sont restés célèbres par leur platitude. Toute cette scène d'ailleurs se sent trop du goût de l'époque, que raillera Boileau,ou Ton faisait parier les héros « en bergers doucereux ». où l'on peignai; « Caton galant et Brutus dameret. » — Enfin Antoine paraissant à côté de César méritait mieux que d"ètre le confident d'une intrigue galante. Shakspeare a su comprendre autrement le personnage. — Voir notre Notice historique et littéraire, p. xxi.

2. Epaud-e est aujourd'hui peu employé ; on dit plus habituellement répandre. Voltaire et Palissot regrettent la perte de ce terme.

3. Dans ses notes sur la Suite du Menteur, Voltaire fait remarquer qu'Antoine parle le même langage qu'une soubrette s'adressant à sa nanresse, et disant :

J'en trouve, à dire vrai, la rencontre [i'e r>orante| si belle. Que je voudrois l'aimer, si j'étois demoiselle.

4. Volta rs appelle ces vers un Madrigal. Ils font en effet songer à '.Tiément Marot :

Un doulx Nenny, avec un doulx soubrire,

Est tant honneste, il vous le fault apprendre, etc.

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