‹ PompéeChapitre 141 sur 203 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

PTOLOMÉE

Ouy, par là seulement ma perte est évitable '.

C'est trop craindre un Tyran que j'ay fait redoutable: 1110

Montrons que sa fortune est l'œuvre de nos mains,

Deux fois en mesme jour disposons des Romains,

Faisons leur liberté comme leur esclavage-.

César, que tes exploits n'enflent plus ton courage;

Considère les miens, tes yeux en sont témoins. 1115

Pompée étoit mortel, et tu ne l'es pas moins ;

Il pouvoit plus que toy, tu luy portois envie;

Tu n'as, non plus que luy, qu'une ame et qu'une vie,

Et son sort, que tu plains, te doit faire penser

Que ton cœur est sensible3 et qu'on peut le percer. 112

Tonne, tonne à ton gré, fa y peur de ta justice :

C'est à moy d'appaiser Rome par ton supplice,

C'est à moy de punir ta cruelle douceur,

Qui n'épargne en un roy que le sang de sa sœur.

Je n'abandonne plus ma vie et ma puissance4 li£5

Au hazard de sa haine ou de ton inconstant

Necroy pas que jamais tu puisses à ce prix b

Récompenser sa flame ou punir ses mépris;

J'emploiray contre toy de plus nobles Maximes.

Tu m'as prescrit tantost de choisir des victime?, llcfl

De bien penser aux choix7 : j'obéis, et je voy8

1. Evitable. Mot dont on doit regretter la perte. Notre langue est peu logique d'admettre les composés inéluctable, innocent, insatiable, et de proscrire les simples éluclable, nocent, satiable. E>-;t,ii,re se reucoim-r' dans Montaigne, et dans les Remarques nouvelles du Père Bouhours (1674).

Var. Ouy, ouy, ton sentiment enfin est véritable.

C'est trop craindre celuy que j'ay fait redoutable.

2. On s'étonne de voir Ptolomée se poser en libérateur des Romains, après avoir dit (Act. I, se. 1>: « Rome tu serviras. » Mais il song

tout à l'humiliation qu'il inflige à Rome en l'obligeant ;i accepter sa liberté des mains d'un r i qu'elle a vaincu et qu'elle méprise.

3. Que ton cœur est sensible. Ces mots sont détournés de l'acception figurée qu'on leur donne habituellement, et pris dans un sens tout physique.

Var. Que ton cœur est sensible et qu'on peut le percer.

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