‹ PompéeChapitre 151 sur 203 · CESAR, CLEOPATRE, ANTOINE, LEPIDE, CHARMION, ACHORÉE, ROMAINS · texte numérisé non relu

CESAR, CLEOPATRE, ANTOINE, LEPIDE, CHARMION, ACHORÉE, ROMAINS

CÉSAR

Reine, tout est paisible, et la ville calmée,

Qu'un trouble assez léger avoil trop alarmée,

N'a plus à redouter le divorce * intestin

Du soldat insolent et du Peuple mutin.

Mais, ô Dieux! ce moment que je vous av quittée 1245

D'un trouble bien plus grand a mon ame agitée2,

Et ces soins importuns, qui marrachoient de vous,

Contre ma grandeur mesme allumoient mon eouroux,

Je luy voulois du mal3 de m'estre si contraire,

De rendre ma présence ailleurs si nécessaire; 1250

Mais je luy pardonnois au simple souvenir

Du bonheur qu'à ma (lame elle fait obtenir.

cette scène est d'ailleurs bien insignifiante : l'ironie et la bassesse de Ptolomée sont insupportables ; il nous importe ton peu que Photin et Achillas échappent ou non au Bupplice qu'ils ont mérité, et nous sommes peu touchés des efforts que Cléopàtre va faire pour sauver ces misérables. Corneille pensait grandir ainsi le rôle de César prêt à pardonner aux misérables dans le moment même où ils tr vaillent a su perte.

1. Divorce, dans le sens figuré de querelle, dissension, se rencontre plusieurs fois chez Corneille :

Ils ont assez longtemps joui de nos divorce*.

(Hor.. I, 3.)

< 'est le sens étymologique: divorlium, àiê-vertere.

2. Construction familière à Corneille et usitée avant lui, surtout en

poésie :

Le seul amour de Rome a sa main animée.

{Hor., V, 3.

Cf. Garnier

[La sincérité] Qui vous a contre moi sa fourbe découverte. 1 [Nie., iv. 2

César des vieux guerriers a la louange nstaintr.

{Cornélie, ac. IV.)

Primitivement en français le participe passé jouait le rôle d'un véritable adjectif, et il pouvait prendre l'accord, quelle que fût sa place dans la proposition ; on écrivait indifféremment : •< J'ai préparée [prête] ma lettre, » ou, « J'ai ma letire préparée. »— Cette construction rappelait la tournure latine, dont s'est formé notre parfait indéfini : « H i.b?o p>>ratam epistolam. » — Voy. Chass., Gr. fr. § 3iS, Rem. IV. et Or. lat.| 318. 3. Vouloir du mal, du bien ou vouloir mal, vouloir bien à était une locution passée dans le langage courant et qu'on appliquait aux choseï aussi bien qu'aux personnes Cf. Molière : Je veux mal à ma simplicité De cons r\er encor pour vous quelque bonté.

(.VÛ., IV. :t.l

C'est elle dont1 je tiens cette haute espérance Qui flate mes désirs d'une illustre apparance,

Et fait croire à César qu"il peut former (]r> vœux. 1255

Qu'il n'est pas tout -à-fait indigne de vos feux.

Et qu'il peut en prétendre une juste conqueste 2,

N'ayant plus que les dieux au-dessus de sa teste.

Ouy. reine, si quelqu'un dans ce vaste Univers

Pouvoit porter plus haut la gloire de vos fers, 1260

S'il étoit quelque Trosne où vous pussiez paroistre

Plus dignement assise en captivant son maistre 3,

J'irois. j'irois à luy. moins pour le luy ravir

Que pour luy disputer le Droit de vous servir4.

Et je n'aspirerois au bonheur de vous plaire 1265

Qu'après avoir mis bas un si grand adversaire5.

G'étoit pour acquérir un Droit si précieux

Que combatoit par tout mon bras ambitieux,

Et dans Pharsale mesme il a tiré l'épée

Plus pour le conserver que pour vaincre Pompée6. 1270

Je l'ay vaincu, Princesse, et le Dieu des combats

M'y lavorisoit moins que vos divins appas;

Ils conduisoient ma main, ils enfloient mon courage.

Cette pleine victoire est leur dernier ouvrage.

C'est l'effet des ardeurs qu'ils daignoient m'inspirer; 1275

Et vos beaux yeux enfin, m'ayant fait soupirer,

Pour faire que vostre ame avec gloire y réponde,

1. (Test elle dont. L'usage a prévalu, dans les locutions commençant . de placer une préposition devant le pronom taisant fonction de complément indirect, et de le faire suivre de la conjonction que : « C'est d'elle que je liens... »

i. I "rte équivoque sur les conquêtes militaires et les conquêtes galantes se retrouve, aussi affectée, dans Nicomède :

La place à l'emporter cousteroit b;eD des teste> - -;.t'ur, ce • onqué.- -nt g ide bien se- c iiiqv Yar. Et qu'il en peut prétendre une juste conq. este.

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