ACTE IV, SCÈNE 'III 8U
M'ont rendu le premier et de Rome et du Monde :.
C'est ce glorieux titre, à présent effectif,
Que je viens ennoblir par celuy de captif, 1280
Heureux si mon esprit gagne tant sur le vostre
Qu'il en estime l'un et me permette l'autre.
CLEOPATRE
Je sçay ce que je dois 2 an souverain bonheur
Dont nie comble et m'accable un tel excès d'honneur;
Je ne vous tiendray plus mes passions3 secreltes, 1283
Je sçay ce que je suis, j" sças ce que vous êtes;
Vous daignastes m'aimer dès mes plus jeunes ans,
Le sceptre que je porte est un de vos presens4,
Vous m'avez par deux fois rendu le Diadème:
J'avoue après cela, Seigneur, que je vous aime, 1290
Et que mon cœur n'est point a l'épreuve des traits
N\ de tant de vertus, ny de tant de bien-faits.
Mais, hélas! ce baul rang, <• tte illustre naissance,
Cet Etat de nouveau rangé sous ma puissance,
Ce sceptre par vos mains dans les miennes remis, 129
Ames vœux innocens3 sont autant d'ennemis.
Us allument contr'eux une implacable haine.
Ils me t'ont méprisable alors qu'ils m,, font Reine,
El, si Rome est encor telle qu'auparavant6,
Le trosne où je me sieds7 m'abaisse en m'élevant, 1300
Et ces marques d'honneur, comme titres infâmes,
Me rendent à jamais indigne de vos flames.
J'ose encor toutefois, voyant vostre pouvoir, Permettre à mes désirs un généreux espo il .
1. « L'esprit de Cléopàtre que César prie d'estimer le titre de premier du monde, et de permettre celui de captif, est une chose intolérable. » (Volt.)
1. Corneille a dû écrire dois, contrairement à l'orthographe du temps, (Voy. page 12, n. 2 ), pour éviter l'hiatus doy au.