ET LITTÉRAIRE XVII
par l'admirable expression de son visage, par la noblesse de l'attitude, par le charme de toute la personne et l'on comprend bien le prestige singulier que cette grande artiste exerça sur se- contemporains, puisque sa mémoire seule l'exerce encore sur nous, [/ajustement est à peu près le même dans les deux portraits l, très-différents par le caractère : une robe de velours, dont le i - emimontant laisse au buste toute sa souplesse, les bras dus s'échappant de longues manches flottantes, une ceinture de pierr ries dessinant la taille, les cheveux poudrés relevés sur le Iront et retombant mollement sur les épaules; ce n'est pas assurément ainsi qu'étaient vêtues Ariane ou Cornélie à Alexandrie ou a Naxos, mais c'est un costume de théâtre dont la convention ne manque ni de goût, ni d'élégance, ni d'une certaine maje-té. »
Ces détails trahissent chez la tragédienne un certain souci de la vérité du costume au théâtre, souci bien timiJe, d'après nos id -. mais qui était une véritable audace à une époque où Cinna et Agameranon ne paraissaient pas sur la scène autrement qu'eu pourpoint, la tète chargée d'une perruque énorme, l'épée en verrouil; où Hermione pour exhaler ses fureurs se serrait dans une robe à paniers.
Vingt ans plus tard Le-Kain et Ml e Clairon, enc Voltaire et Marmon tel, tentèrent la réforme de la mise et rendirent le public plus exigeant. Aussi ne faut-il nncr
d'entendre Mlle Clairon critiquer dans ses Mémoires * les concessions qu'Adrienne Lecouvreur avait cru devoir faire à la mode du temps. « L'ignorance et la fantaisie font faire tant d ■ coi tre-sens au théâtre qu'il est impossible que je les relève tous; mais il en est un que je ne pu is passer sous silence : C'est de voir arriver l nélie en noir. Le vaisseau dans lequel elle fuit, le peu de mo qui ?e sont écoulés entre l'assassinat de son époux et son arri\ Alexandrie, n'ont pu lui laisser le temps ni les moyi - - taire faire des habits de veuve, et certainement les daines romaines n'avaient point la précaution d'en tenir tout prêts dans leurs bagages. La célèbre Lecouvreur. en se taisant peindre dans ce vêtement, prouve qu'elle le portait au théâtre. Ce devrait être une autorité imposante pour moi-même; mais, d'après la réputation qui lui leste, j'ose croire qu'elle n'a fait celte faute que d'après quelques raisons que j'ignore, et qu'elle même en sentait tout le ridicule 3. »
Dans ces mêmes Mémoires, qui contiennent des réflexions fort judicieuses sur l'art dramatique et sur les rôles que joua la tragédienne, Mlle Clairon nous explique les raisons qui la tirent renoncer au rôle de Cornélie : « Ayant à jouer ce rôle, j'ai fait sur lui toutes les études dont j'étais capable; aucune ne m'a réussi. La
1. Celui ci'Adrienne Lecouvreur, et cd' i de Mlle Duclos, rep dans le rôle d'Ariane par Largillière,
2. Mlle Clairon publia elle-même ses Mémoires en 1799 (in- Lemazurier, tome II, pa^
3. M. Martv- Laveaux (tome IV, page 7) donne la réponse piquante que fit à Mie Clairon l'auteur des Mémoires pour Marie-Françoise DumesniJ.