‹ PompéeChapitre 17 sur 203 · XVIII NOTICE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

XVIII NOTICE HISTORIQUE

modulation que je voulais établir d'après le personnage historique n'allait pas du tout avec le personnage théâtral; autant le premier me paraissait noble, simple, touchant, autant l'autre me paraissait gigantesque, déclamatoire et froid. Je me gardai bien de penser que le public et Corneille eussent tort : ma vanité n'allait point jusque-là, mais pour ne pas la compromettre, je me promis de me taire, et de ne jamais jouer Cornélie. »

Le rôle de Cléopàtre fut au nombre de ses meilleures créations.

Dans notre siècle, il nous reste à signaler Talma qui reprit le rôle de César. Geoffroy dit, à propos de cette interprétation : « Talma dans le rôle de César a de la fierté, de l'énergie dans les moments sublimes; il est un peu embarrassé dans les entretiens galants et en général il ne s'attache pas assez à bien dire les vers. Trop livré à ce grand tragique qui fait frémir, il dédaigne cet avantage d'un débit harmonieux et séduisant qui va au cœur en flattant l'oreille *. »

Le cadre nécessairement restreint de cette Introduction ne comporte pas les développements d'une étude littéraire, que nous aurions d'ailleurs mauvaise grâce à refaire après les travaux autorisés de Saint-Evremond, Geoffroy, Guizot, Saint-Marc Girardin, Desjardins2. Nous essayerons seulement de dégager, au milieu des critiques passionnées et des apologies, le véritable sens et la portée d'une des créations les plus originales de Corneille.

Il est peu de pièces qui donnent plus facilement prise à la critique : nous le reconnaissons volontiers. Sans parler du style, dont l'enflure et les images outrées se ressentent trop souvent de l'influence de Lucain, on a relevé un grave défaut, c'est que l'action manque, ou du moins qu'elle n'a pas d'unité. D'Aubignae3 prétend que Cor-

1. Cours de littérature dramatique (1319-20), tome VI, page 236 .

2. Voir la Notice bibliographique, p. xxvi 3 Pratique du théâtre, liv. II, ch. ni.

L'abbé d'Aubignac dans ce même ouvrage établit une longue comparaison enne la fameuse délibération de Cinna et celle qui ouvre Pompée. La conclusion est la condamnation de cette dernière qui « a passé pour une chose commune, ni bonne ni mauvaise. » — Voici par quelles raisons il explique cette infériorité : lo Le sujet de la Délibération n'offre rien de rare et d'extraordinaire ; 2° Elle n'est ni pressante, ni nécessaire : 0 la résolution était à prendre, il suffisait de la faire connaître, mais non pas la Délibération ; » 3o Elle ne devrait point avoir lieu « à l'ouver- Théâlre, parce qu'il ny a point encore de passion agitée, sur laquelle la délibération puisse rouler; » 4o Elit? devrait être coupée par des contestations et des répliques, au lieu que « les trois conseillers du roi expliquent simplement ^e quHls pensent, fan après l'autre; » 5o Sa longueur « la rend un 'peu ennuyeuse; » 6» « Pas un des conseillers n'a un intérêt particulier à donner son avis, et il n'y avait pas plies de

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