ACTE IV, SCÈNE V
Sépare son vainqueur d'avec son assassin,
Et ne croit avoir droit de punir ta victoire * 1405
Qu'après le châtiment d une action si noire2.
Rome le veut ainsi : son adorable 3 'front Auroit dequoy rougir d'un trop honteux affront, De voir en mesme jour, après tant de conquestes, Sous un indigne fer ses deux plus nobles testes. 1410
Son grand cœur, qu'à tes loix en vain tu crois soumis, En veut aux criminels plus qu'à ses ennemis, Et tiendroit à malheur le bien de se voir libre, Si l'attentat du Nil affranchissoit le Tybre. Comme autre4 qu'un Romain n'a pu l'assujettir, 1415
Autre aussi qu'un Romain ne l'en doit garantir. Tu tomberois icy sans estre sa victime; Au lieu d'un châtiment ta mort seroit un crime, Et, sans que tes pareils en conçeussent d'efl'roy, L'exemple que tu dois périroit avec toy 5. 1420
Venge-la de l'Egypte à son appuy fatale, Et je la vengeray, si je puis, de Pharsale. Va, ne perds point de temps, il presse6. Adieu, tu peux Te vanter qu'une fois j'ay fait pour toy des vœux.
1. Cette abstraction d'une énergique concision se trouve déjà dans le ve acte d'Horace ?
Tu ne saurois cacher sa peine à sa victoire.