ACTE V, SCÈNE II
Pour le plaindre avec vous, et vous jurer, Madame,
Que j'aurois conservé ce maistre de vosfre ame,
Si le Ciel, qui vous traite avec trop de rigueur,
M'en eust donné la force aussi-bien que le cœur.
Si pourtant, à l'aspect de ce qu'il vous renvoyé, 15G5
Vos douleurs laissoient place à quelque peu de joyc,
Si la vengeance avoit dequoy vous soulager,
Je vous dirois aussi qu'on vient de vous venger.
Que le traistre Photin... Vous le sçavez, peut-estre1 ?
( ; o F N E L ie .
Ouy, Princesse, je sçay qu'on a puni ce traistre. 1570
CLEOPATRE
Un si prompt châtiment doit vous estre bien doux.
GORNELIE.
S'il a quelque douceur, elle n'est que pour vous.
CLEOPATRE
Tous les cœurs trouvent doux le succès2 qu'ils espèrent.
cor. \ E l i e .
Comme nos intérests, nos sentiment différent. Si César à sa mort joint celle d'Achillas, 1575
Vous êtes satisfaite, et je ne la suis pas3. Aux Mânes de Pompée il faut une autre offrande : La victime est trop basse, et L'injure est trop grande, Et ce n'est pas un sang que, pour la reparer, Son ombre et ma douleur daignent considérer4. 1580
L'ardeur de le venger, dans mon ame allumée. En attendant César demande Ptolomée ; Tout indigne qu'il est de vivre et de régner, Je sçay bien que César se force a l'épargner; Mais, quoy que son amour ait osé vous promettre, 1585
Le Ciel, plus juste enfin, n'osera le permettre, Et, s'il peut une fois écouter tous mes vœux, Par la main l'un de l'autre ils périront tous deux.