‹ PompéeChapitre 199 sur 203 · EXTRAITS DE CORNÉÊ.IE, TRAGÉDIE DE R. GARNIES · texte numérisé non relu

EXTRAITS DE CORNÉÊ.IE, TRAGÉDIE DE R. GARNIES

Malgré certaines analogies, le sujet traité par Garnier n'est pas le même que celui de Pompée. — Voici une courte analyse de la tragédie de Garnier: Cornelie, après le meurtre de Pompée, est revenue à Rome, tandis que son père. Métellus Scipion. allie a Juba. roi de Nnmidie, prolonge en Afrique les hostilités contre César. Elle se lamente avec Cicéron sur ses infortunes et sur les malheurs de Rome; la vue des cendres de son mari, que lui rapporte un affranchi de Pompée. Philippe, ravive encore sa douleur et en même temps son désir de vengeance (Act. II). Cependant une nouvelle épreuve attend la malheureuse femme. César a battu Scipion à Tapsa, et s'est emparé de sa flotte; Scipion près de tomber aux mains de son vainqueur, s'est frappé d'un poignard et s'e>t précipité dans la mer. Au moment où Cé:-ar rentre a Rome en triomphateur (IV), Cornelie apprend par un messager la défaite et la fin tragique de son père.

Cette action, réduite à quelques scènes, est coupée à intervalles égaux par des chœurs, longs développements de lieux communs de morale.

PLAINTES DE CORNELIE

Ainsi suis-je la cause et du courroux des Dieux, Et du trespas cruel qui te sille les yeux, Déplorable Pompée : ainsi je suis l'orage La peste, et le flambeau qui ta maison sacage. Mais ce ne sont les Dieux, ni Crasse mon espoux, Qui pour tienne me voir me poursuivent jaloux. C'est un malheur couvert, une sourde influence,

1. Robert Garnier est né en 1534 à la Ferté-Bernard (Saillie"). Il rit à Toulouse ses études de droit, et se livra en même temps à la poésie, puisque en 1565 il remporta une églantine d'or aux Jeux floraux. Au Mans il exerça successivement les fonctions de conseiller au Prèsidial et

Que j'ay. reeeu du Ciel avecques ma naissance,

De combler d infortune et d'esclandre tous ceux

Que j'auray pour espoux en ma couche receus...

Las! Mon dueil seroit moindre, et les larmes fécondes.

Qui tombent de mes yeux comme de larges bondes,

Se pourroyent estancher, si entre les combas

Il eust, le fer au poing acquis un beau trespas,

Couché sur un monceau de hasardeux gendarmes,

Ouvert d'une grande playe au travers de ses armes,

Dans le flanc, dans la gorge, et dégouttant parmy

Son héroïque sang, du sang de l'ennemy.

Mais il est mort (ô ciel), non en une bataille,

Non la pique à la main au haut d'une muraille,

Défendant quelque brèche : hélas! car il est mort

Traistreusement meurtri sans belliqueux effort.

il est mort à mes yeux, et la fortune âmere

31e voulut faire voir cet acte sanguinaire.

Je l'ai veu. j'y estois et presque entre mes bras

li sentit le poignard, et tomba mort à bas.

Lors le sang me gela dans mes errantes veines,

Le poil se hérissa comme espics dans les plaines :

Ma voix se cacha morte au gosier, et le poulx

En mon froid estomach doubla ses foibles coups.

L'esprit qui se gesnoit de rage impatiente

S'efforça de briser sa prison violente,

Et plonger délivré, ses tourments tenaillant

Dans le fleuve de Lethe aux marez sommeillans.

Trois fois, pour absenter cette ingrate lumière.

Je me voulu plonger dans Tonde marinière,

Et trois fois retenue avec larmes et cris.

Arec force de bras, à plaindre je me pris,

de lieutenant criminel. Le chagrin qu'il ressentit «le la mort terrible de sa femme, brûlée vive d ns un "incendie, abrégea ses jours: il mourut au Mans le 15 août 1590. Le tombeau que lui avait élevé s;i famille dans Tèglise des Cor^eliers de cette vile fui détruit en 1793.

De 1568 a 1532, il publia successive s Porcie, Hip-

polyte, Çornélie. Marc-Antoine, la Troade, Antigone, les Juives, et une tragi-comédie, Bradamante, dont le sujet est emprunté à l'Arioste. Ce théâtre ne mérite pas à coup sûr les éloges hyperboliques que lui ont décernés à 1 envi se*, contemporains, Ronsard. Belleau, Brantôme, Scévole de Sainte-Manhe. etc. L'imitation de Sénèque le Tragique donne au style un ton guindé et déclamato re: les personnages sont raides et sentencieux; l'action est d'une simplicité qui fait souri e. Garnier possède néanmoins ce qui manque a Jodelle. le sentiment delà dignité qui convient à la tragédie: il y a chez lui de la grandeur, de l'énergie, des situations pathétiques : ce sont ces qualités qui lui ont valu la'première place parmi les prédécesseurs de Corneille.

A crier, me destordre, et contre le Ciel mesmes

Vomir de grand fureur mille outrageux blasphème- : Depuis, ô Ciceron, mon corps s'est affoibly, Mais non pas ma douleur, qui ne sent point d'oublv.

vcte 11, se, i .

Page 1