EXTRAIT DU DISCOURS DU POEME DRAMATIQUE
Toute? les deux [la tragédie et la comédie] ont cela de commun, que cette action doit être complète et achevée, c'està-dire que dans l'événement qui la termine, le spectateur doit -lie si bien instruit des sentimens de tous ceux qui y ont eu quelque part, qu'il sorte l'esprit en repos et ne soit plus en doute de rien... Ptolomée craint que César, qui vienl en Egypte, ne favorise sa sœur dont il est amoureux, et ne le force à luy rendre sa part du Royaume, que son père lui a laissée par testament; pour attirer la faveur de son costépar un grand service, il luy immole Pompée; ce n'est pas assez, il faut voir comment
sar recevra ce grand sacrifice. Il arrive, il s'en fasche, il menace Ptolomée, il le veut obliger d'immoler les conseillers de cet attentat à cet illustre mort ; ce Roy, surpris de cette réception si peu attendue, se résout à prévenir César, et conspire contre luy, pour éviter par sa perte le mal-heur dont il est menacé. Ce n'est pas encore assez; il faut savoir ce qui réussira de cette conspiration. César en a l'advis, et Ptolomée, périssant dans un combat avec ses ministres, laisse Cléopâtre en paisible possession du royaume dont elle demandoit la moitié; et César hors de péril ; l'auditeur n'a plus rien à demander, et sort satisfaict, parce que l'action est complette.
(Discours du poëme dramatique, Marty-Laveaux, I, 26.)